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Affiche La vie criminelle d'Archibald de La Cruz

La Vie criminelle d'Archibald de la Cruz

Un film de Luis Buñuel
Avec Ernesto Alonso, Miroslava Stern, Rita Macedo, Ariadna Welter, Eva Calvo, Enrique Díaz
Drame | Mexique | 1955 | 1h40
Sortie en DVD le 23 Août 2001
La Vie criminelle d'Archibald de la Cruz (Ensayo de un crimen)
Françoise Heitz, Professeure des Universités à l'Université de Reims, nous présente ce film méconnu de la période mexicaine de Luis Buñuel. Elle a dirigé une auto-publication très riche (analyses, revue de presse, relevé des dialogues, photogrammes) sur cette oeuvre qui sera un élément utile aux élèves qui préparent la session 2009 du CAPES ainsi qu'à tous les cinéphiles.
Après les coups d'éclat avant-gardistes de ses débuts (Un Chien andalou, L'âge d'or), Luis Buñuel a su s'adapter aux exigences de l'industrie cinématographique mexicaine en revenant à des formes plus narratives et conventionnelles, accessibles à un large public. A-t-il renoncé pour autant à sa verve subversive ? Au fil de ses années d'exil, la reconnaissance nationale et internationale dont il bénéficie (Los Olvidados est primé à Cannes en 1951) lui garantit une liberté croissante dans le choix et la réalisation de projets de plus en plus personnels : c'est le cas de Ensayo de un crimen (1955).

Sous la transparence de l'intrigue et la lisibilité apparente affleurent les échos de thématiques originaires (la puissance du désir, la névrose, la religion, le pouvoir, la bourgeoisie...), se manifestent à nouveau les influences de Sade, Freud et Bataille, se fissurent les modèles cinématographiques dominants empruntés pour mieux être désavoués par le cinéaste. Dans ce portrait d'homme en proie à son obsession (pulsion meurtrière et sentiment de toute-puissance déclenchés par la boîte à musique), Luis Buñuel observe et décrit, avec la précision d'entomologiste qu'on lui connaît, les ressorts pathologiques de la paranoïa, qui ne cesse d'être à la fois le reflet et la conséquence de pathologies sociales tout aussi graves : « J'aime l'observation des animaux, surtout des insectes. Mais je ne m'intéresse pas au fonctionnement physiologique, à l'anatomie précise. Ce que j'aime, c'est observer les mœurs » confie le réalisateur dans son autobiographie.

Ainsi ce personnage masculin (comme déjà son prédécesseur, Él, en 1952) ne fait-il que pousser à l'extrême les normes sociales et morales d'une bourgeoisie où les relations homme/femme reposent sur un modèle de domination enfermant l'un et l'autre dans des rôles sclérosants. Et si les femmes y sont les victimes des hommes, ces derniers sont à leur tour victimes d'une folie générée par une éducation morale et religieuse garante de l'ordre social et des institutions. De façon ironique, Archibaldo de La Cruz se trouve privé par la loi du plaisir narcissique de la reconnaissance de son statut d'auteur de crimes.

Tourné au Mexique, ce film a pour contexte référentiel la société mexicaine post-révolutionnaire, et plus particulièrement sa haute bourgeoisie, dont les membres ont su s'adapter aux changements et adapter les changements à leurs intérêts. Sans être exclusivement le reflet de la société mexicaine, il lui emprunte suffisamment de caractéristiques pour qu'elle soit davantage qu'un arrière-plan, il intègre ses mutations économiques et historiques tout en montrant ce qui n'a pas changé.

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