Films espagnols

Les Sorcières de Zugarramurdi, un film de Alex de la Iglesia

Les Sorcières de Zugarramurdi

Un film de Alex de la Iglesia
Avec Carmen Maura, Hugo Silva, Mario Casas, Carolina Bang, Gabriel Delgado
Horreur | Espagne | 2013 | 1h52
Braquage et sabbat chez Alex de la Iglesia
Le cinéaste espagnol le plus mordant renoue avec la folie horrifique de ses premiers films. Son petit dernier, Las Brujas de Zugarramurdi, montre encore une fois le goût d'Alex de la Iglesia pour la démesure, le troisième degré et l'humour noir. Il mêle braqueurs et magiciennes dans une course-poursuite effrénée et délirante.
El Día de la Bestia (1995), La Comunidad (2000), El Crimen ferpecto (2004), Balada triste de trompeta (2010)... de la comédie au mélo, en passant par le thriller et le western, Alex de la Iglesia s'est essayé à tous les genres. Après un film moins déjanté mais tout aussi décalé, La Chispa de la vida (2011), le réalisateur basque revient à ses origines avec Las Brujas de Zugarramurdi. Oscillant entre le fantastique, la comédie noire et l'horreur, le film mélange ici les genres... En plein jour, un groupe d'hommes braque un magasin d'or de la Puerta del Sol à Madrid. José, père divorcé en plein conflit avec son ex-femme, Tony, son complice, Manuel, chauffeur de taxi embarqué contre son gré dans l'aventure, et Sergio, le fils de José, partent en cavale afin d'atteindre la France et ainsi échapper à la police. Mais une fois près de la frontière, dans le village inquiétant de Zugarramurdi, le groupe va malencontreusement faire la rencontre d'une famille de sorcières. Ces dernières s'apprêtent à célébrer une grande fête...

Loin d'être un lieu inventé, Zugarramurdi est un petit village situé en Navarre, connu pour ses réunions de sorcières (autrement dit sabbat ou akelarre) dans les grottes de la région. Au XVIIe siècle, des habitants furent accusés de sorcellerie et condamnés au bucher. Tourné dans le village même, ainsi que dans les grottes, le film est le fruit d'un long travail de documentation. Et dès le générique, le ton est donné. Des peintures d'ensorceleuses historiques défilent, jusqu'à celles plus contemporaines, comme Margaret Thatcher par exemple. Alex de la Iglesia ne perd jamais de vue la situation de son pays. Avec pour toile de fond la crise économique espagnole, femmes et hommes s'affrontent dans une impitoyable guerre des sexes et règlent leurs comptes via des dialogues grinçants, des répliques cinglantes et comiques.

Une explosion grotesque et baroque

Avec Las Brujas de Zugarramurdi, Alex de la Iglesia signe donc un film complètement frappadingue, et ce dès la scène d'introduction. Totalement surréaliste, celle-ci montre Jésus en slip, et un soldat de plomb vert en train de braquer une banque, alors qu'à l'extérieur Bob l'éponge ne se prive pas de dégainer. La suite du film est une explosion d'idées mais aussi de formes et de couleurs. Le caldo (bouillon) que sert le bar du village a comme un goût de chaussette. Forcément, l'ingrédient secret des sorcières n'est autre qu'un pied humain ! Et dans les toilettes du bar, des yeux traînent au fond du trou, quand ce n'est pas une main qui vient vous chatouiller les fesses.

Enfant de la bande dessinée, le réalisateur reste influencé par l'esthétique des comics. La photographie du film, dans les tons jaune ocre, donne à l'image un côté un peu désuet, presque crade, contrastant avec les effets spéciaux employés.

Mais à force d'excès, le film accouche d'une orgie lors de la gigantesque scène du sabbat. L'hystérie la plus totale règne alors, et les effets spéciaux se superposent maladroitement, provoquant un désordre foutraque. Comme cette Vénus paléolithique qui prend vie, -immonde créature crasseuse-, et qui vient alourdir la fin du film. Alex de la Iglesia s'est-il laissé dépasser par son imagination démesurée ou assume-t-il ce débordement ? Quoi qu'il en soit, on lui pardonne, car malgré ce fouillis final, le film reste follement drôle et effrayant. Et ce grâce aussi à un casting de goût : Carmen Maura (Mujeres al borde de un ataque de nervios), Carlos Caceres (Los amantes pasajeros) ou encore Carolina Bang (Balada Triste) pour notre plus grand plaisir !

Une suite serait en prévision...

Elise Chevillard


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