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Affiche Balada Triste

Balada triste

Un film de Alex de la Iglesia
Avec Carlos Areces, Antonio de la Torre, Carolina Bang, Santiago Segura, Manuel Tallafé
Comédie dramatique | Espagne, France | 2010 | 1h47min
Goya 2011 du Meilleur maquillage et des Meilleurs effets visuels
Sortie en DVD le 26 Octobre 2011
Clowns en mode mineur

Dans Balada Triste, Alex de la Iglesia met en scène deux clowns, l'un triste et l'autre gai, qui vont s'affronter pour l'amour d'une femme. Le réalisateur utilise comme toile de fond la guerre civile, puis les années 60-70 avec notamment l'assassinat par l'ETA du premier ministre franquiste Carrero Blanco.

Balada triste s'inscrit dans la continuité de l’œuvre d’Alex de la Iglesia qui revient, film après film, sur les mêmes thèmes. De Mes chers voisins à Mort de rire, il est toujours question d'un affrontement démesuré et sanguinaire entre deux individus ou deux groupes. Ces antagonismes permettent au réalisateur de dessiner le portrait d'une société espagnole rongée par la violence et l’appât du gain. Le tout est enveloppé d'un humour noir féroce, emprunt de nihilisme, qui fait la force du cinéma d'Alex de la Iglesia.
 
Ouverture magistrale

La scène d'ouverture de Balada Triste est des plus jubilatoires. La troupe d'un cirque est enrôlée de force dans l'armée républicaine. Acculée par les troupes franquistes, la garnison républicaine mène un dernier combat dans lequel les clowns, en costume et armés jusqu'aux dents, sèment la terreur et la désolation dans les rangs franquistes. Cette séquence, d'une grande ampleur visuelle, rapproche le film de l'Inglourious Basterds de Quentin Tarantino. Balada triste joue en effet des mêmes ressorts jouissifs de reconstruction fantasmée de l'Histoire dans laquelle le vaincu devient vainqueur. Une autre scène du film voit par exemple le clown triste Javier transformé en chien de chasse au service du général Franco. Cet homme devenu animal viendra dès qu'il lui sera possible mordre férocement la main de son maître. N'était-ce pas là le désir de milliers d'Espagnols ayant subi la période franquiste ?
 
Indigestion

Ce dispositif de détournement historique très réussi reste néanmoins en arrière-plan de l'intrigue principale. L'histoire se passe 30 ans après la guerre civile dans un cirque dirigé d'une main de fer par Sergio (Antonio de la Torre). Ce dernier, clown gai sur scène, épuise systématiquement ses clowns tristes jusqu'à ce que Javier (Carlos Aceres) propose ses services. Javier n'est autre que le fils du clown gai de la scène d'ouverture. Pour venger son père, il a fait exploser une bombe lors de la construction du Valle de los Caídos, monument que Franco a fait ériger par les prisonniers républicains en hommage aux « héros et martyrs de la Croisade ».
Dans le cirque de Sergio, on croise des bêtes de foire à la Tod Browning (Freaks, 1932) mais aussi Natalia (Carolina Bang), belle trapéziste et maîtresse de Sergio, qui la frappe et l'humilie. Javier, au tempérament effacé et doux, tombe amoureux de Natalia et décide de s'opposer à la violence de son amant. Natalia joue avec ambiguïté de « l'amour » que lui portent les deux hommes qui tombent progressivement dans la démence. Il y a du Joker de Tim Burton mêlé à du Frankenstein dans ces deux personnages. L’humour noir d'Alex de la Iglesia bat son plein et les deux clowns rivaux vont s'étriper à coups de trompette et de fer à repasser pour une femme devenue « trophée ». Mais, l'enchaînement grand-guignolesque et baroque des scènes indispose peu à peu. Le récit s'accélère et part dans tous les sens en multipliant les ellipses et les invraisemblances. La scène finale du Valle de los Caídos finit par écœurer définitivement le spectateur.

Thomas Tertois


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