Portraits

Aux frontières du réel

Avec cinq longs métrages à son actif, Tesis (1995), Ouvre les yeux (1997), Les Autres (2001), Mar adentro (2003) et Agora (2009), Alejandro Amenábar s'est imposé, ces dix dernières années, comme l'un des représentants les plus talentueux du « Nouveau cinéma espagnol », parvenant à la fois à réconcilier le public espagnol avec son cinéma national après la sévère crise des années 80 et à conquérir le marché international.
Alejandro Amenábar
Né en 1972, Alejandro Amenábar, dont la vocation s'affirme dès l'adolescence, entreprend des études de cinéma à la Faculté des Sciences de l'Information de l'Université Complutense de Madrid au début des années 90. Recalé en réalisation à la session de juin 1994, il passe son été à écrire le scénario de son premier film, Tesis, qui retient l'attention du cinéaste et producteur José Luis Cuerda. Le film sortira en 1995. Découvert par le grand public à l'occasion de la la cérémonie de remise des Goya de 1997, où il recueille 7 récompenses, dont celle attribuée au Meilleur Film, le jeune espagnol, âgé de 23 ans, que la critique n'hésite pas à comparer à Orson Welles, est alors qualifié de « prodige ».

A partir d'une intrigue située dans l'enceinte de la Faculté de Sciences de l'Information de Madrid, Tesis met en scène l'univers sordide des snuff movies découvert par hasard par Angela (Ana Torrent) qui mène des recherches dans le cadre de sa thèse sur la violence audiovisuelle. Au-delà de son indubitable intérêt en tant que thriller, qui maintient le spectateur en haleine jusqu'au tout dernier plan, le film peut être considéré comme une sorte de manifeste cinématographique dans lequel le réalisateur met en forme sa relation contradictoire au cinéma nord-américain, faite tout à la fois de fascination et de rejet. C'est précisément ce double mouvement d'assimilation des codes du meilleur cinéma hollywoodien et de création d'un univers absolument personnel dans le cadre du cinéma d'auteur à l'européenne qui, pour le moment, caractérise son œuvre.

Après Tesis, Amenábar a poursuivi, avec Ouvre les yeux et Les Autres, son exploration du cinéma de genre (fantastique, science-fiction pour le premier, film gothique ou d'horreur pour le second), en témoignant d'une maîtrise toujours plus grande de la technique cinématographique dans des récits éminemment complexes qui désorientent le spectateur pour mieux le « scotcher à son siège », selon ses propos. Il est par ailleurs resté fidèle aux questionnements qui hantaient Tesis sur le rôle, le pouvoir, les limites de l'image, non seulement audiovisuelle, mais aussi virtuelle (Ouvre les yeux) et photographique (Les Autres).
La distribution d'Ouvre les yeux ouvre la voie à la reconnaissance internationale du cinéaste. Remarqué au festival de cinéma indépendant de Sundance, le film attire l'attention de Tom Cruise qui, avec Paula Wagner, en produit le remake, Vanilla sky (2001), réalisé par Cameron Crowe. Cruise et Wagner proposent à Amenábar de produire son film suivant, Les Autres qui, avec Nicole Kidman dans le rôle principal (Grace), contribuera à imposer le cinéaste sur la scène internationale.

En dépit des multiples propositions qui lui sont faites aux Etats-Unis, Alejandro Amenábar surprend à la fois la critique et son public en choisissant, pour son quatrième long métrage, Mar adentro, un sujet social, celui de l'euthanasie, en se penchant sur la figure du tétraplégique Ramón Sampedro, qui mit fin à ses jours, avec la complicité de plusieurs personnes, en 1998. Délaissant l'univers du thriller, Amenábar opérait un changement de registre radical qui, cependant, de manière assez inattendue, connut un immense succès en Espagne, attirant plus de quatre millions de spectateurs dans les salles. Si sa diffusion au-delà des Pyrénées fut plus modeste que celle de Les Autres, Mar adentro obtint cependant une récompense très convoitée, l'Oscar du meilleur film étranger. Ce film, en apparence très éloigné de l'univers des précédents, mettait néanmoins en évidence certains traits de style : un profond sens du récit, une indéniable maîtrise technique, la création d'atmosphères envoûtantes servies par des images qui, sans céder à l' « esthétisme », sont d'une grande qualité. Enfin, de film en film, est menée une réflexion transversale à partir de questionnements métaphysiques fondamentaux sur la vie, la mort ou les limites de la réalité, qui confère à son oeuvre une profondeur inépuisable.

Alejandro Amenábar prépare actuellement son cinquième long métrage, Agora, un drame historique qui se déroule dans une Egypte ancienne bousculée par la montée du christianisme.

+ d'infos
Filmographie
 
Agora (2009)
Mar adentro (2004)
Les Autres (2001)
Ouvre les yeux (1997)
Tesis (1995)
Luna, court-métrage (1994)
Himenóptero, court-métrage (1992)
La Cabeza, court-métrage (1991)
 

À lire aussi
Agora
Films | Agora
LE BESOIN DE CROIRE La plus grande qualité d'Agora est de choisir cette femme comme héroïne, une femme qui a foi en la raison. Hypathie aime la science avec une passion aussi irrationnelle et convaincue que peut l'être la croyance en Dieu. Elle est vouée au savoir comme d'autres sont voués à une divinité. Plutôt que d'opposer une... Lire la suite

Mar adentro
Films | Mar adentro
Mais qui est donc ce réalisateur alien, capable de réaliser Tesis, sommum de l'angoisse, et Mar adentro, drame sublime ? Mar adentro est l'histoire vraie de la vie, ou plutôt de la mort, de Ramón Sampedro, le premier espagnol à avoir demandé au gouvernement la légalisation de l'euthanasie active. Un thème, comme on le voit,... Lire la suite

Amenabar - Agora
Interviews | Amenabar - Agora
Vous avez réalisé un film sur la violence religieuse. J'aimerais savoir de quelle manière les attentats de Madrid vous ont touché et dans quelle mesure ils sont un point de départ du film.Evidemment, en Espagne nous vivons de très près cette violence terroriste. Quand sont apparues des polémiques sur la question du public du film, j'ai dit... Lire la suite

Le cinéma d'Alejandro Amenábar
Actualités | Le cinéma d'Alejandro Amenábar
Le cinéma d'Alejandro Amenábar marque un tournant dans le cinéma espagnol, avec l'éclosion, dans les années 90, d'une nouvelle génération de cinéastes qui se détournent des sujets historiques pour embrasser les thématiques de l'individu dans une société atomisée. A cette rénovation thématique, s'ajoute, dans le cas d'Amenábar, une... Lire la suite

Agora en ouverture de Cinemed
Actualités | Agora en ouverture de Cinemed
Après le festival de Cannes et celui de Toronto, Cinemed est le troisième festival à accueillir Agora, le dernier opus du réalisateur espagnol Alejandro Amenábar (Mar Adentro, Les Autres...). Son film, dont la sortie en France est prévue le 6 janvier 2010, a d'ores et déjà conquis le public espagnol. En seulement trois jours, 827 750... Lire la suite

Cellule 211 et Agora favoris des Goya 2010
Actualités | Cellule 211 et Agora favoris des Goya 2010
Les nominations pour la cérémonie 2010 des Goya ont sans surprise misé sur les grands succès de l'année 2009. Il y a bien sûr le péplum psychologique d'Alejandro Amenabar, Agora, mais aussi le thriller carcéral Celda 211, de Daniel Monzon, que le public français va pouvoir découvrir prochainement.Parmi les challengers, on compte El Baile... Lire la suite

Agora
Vidéos | Agora
Visionné 2164 fois
Voir la vidéo

Agora (extrait 1)
Vidéos | Agora (extrait 1)
Visionné 2364 fois
Voir la vidéo

Agora (extrait 2)
Vidéos | Agora (extrait 2)
Visionné 2042 fois
Voir la vidéo