Portraits

Adil Koukouh et Germán Alcarazu

Adil Koukouh et Germán Alcarazu, acteurs principaux de Fronteras, répondent à nos questions, le vendredi 25 Août à Paris.
Adil Germán

Votre parcours professionnel…
Adil Koukouh: J’ai commencé les arts dramatiques à 16 ans, six heures par jour. Je me suis présenté au casting organisé par Eva Leira et Yolanda Serrano, les meilleures directrices de casting en Espagne. On a répété pendant un mois. C'était déjà très formateur.

Et ensuite, on a travaillé ensemble avec l’équipe et une coache pour interpréter Rafa et Ibra.Et en ce qui me concerne, je suis en Espagne depuis presque 14 ans, j’ai aussi vécu l’intolérance et le racisme alors je crois que j’ai assez vite compris les sentiments de mon personnage grâce à mon expérience en tant qu'immigré.

 

Germán Alcarazu : Mon parcours est très différent de celui d’Adil. J’ai toujours eu envie d’être acteur mais je ne m’étais jamais formé avant d’avoir le rôle pour le film de Mikel. Je me suis présenté au casting organisé dans mon lycée et j’ai été pris à la fin du processus. Pendant les six ou sept étapes du casting, je ne connaissais pas l’histoire. Et c’est après le dernier essai avec Adil qu’on nous l’a révélée. Il y avait près de 5000 acteurs, je ne savais pas du tout si j’avais mes chances et quand j’ai eu le rôle, je n’ai pas hésité une seule seconde. Je ne me suis même pas posé la question de faire ou non le film, au contraire. On a donc beaucoup travaillé avec la coache. Sans elle, le film n’aurait pas été ce qu’il est. C'est l’histoire d'un garçon banal, comme on en connait tous, avec sa bande de copains, mais il ne se sent pas comme les autres.

Que diriez-vous à des spectateurs adolescents ?
Germán : Surtout qu'ils n'aient pas peur, que c'est tout à fait normal de se sentir différent et que peu importe ce qu’en disent les autres. Si on est différent, on ne doit pas faire semblant d'être une autre personne. Si les autres préfèrent être distants, qu’ils le soient, sans gêner personne, sans imposer aux autres qu’ils soient ce qu’ils ne veulent pas être. 
Adil: Je dirais la même chose. Ne faites pas ce que vous n’avez pas envie de faire car dans tous les cas, vous le regretterez. Et si vous le sentez vraiment, foncez !

Des projets ?
Germán : J'ai tourné le court-métrage Caminan, réalisé par Mikel Rueda, dans lequel je joue avec Maribel Verdú, il sera présenté autour du 22 septembre au Festival de San Sebastián. Je devrais aussi jouer dans le prochain long-métrage de Mikel.
Adil : J’ai déjà tourné dans plusieurs séries comme De boca en boca, El Príncipe. J’aime aussi jouer au théâtre. Il est prévu que j’interprète un rôle dans la pièce de Shakespeare, Roméo et Juliette. On me propose des rôles de jeunes maghrébins en général mais j’aimerais bien incarner aussi d’autres personnages. Le problème dans le cinéma espagnol actuel c’est qu’il faut faire tomber les barrières. Par exemple, ici en France, les acteurs issus de la quatrième génération peuvent jouer un médecin qui s'appelle Jamal, alors qu'en Espagne, il doit s'appeler Juan ou Carlos. C’est rare de voir un arabe qui joue un policier ou un médecin. On étudie et on travaille dur aussi pour faire avancer les choses à ce niveau-là.

Avez-vous envie de travailler en France ?
Germán : J’adorerais ! Sauf que je ne parle pas très bien français ! Il faut que je progresse ! Jouer a été pour moi comme réaliser un rêve, j’ai envie de continuer alors si l’opportunité se présente, il faut la saisir que ce soit en France, en Espagne ou ailleurs !
Adil : Oui, c'est clair, j'adorerais ! Et même tourner dans le monde entier ! C'est mon rêve ! J’ai besoin de tourner sinon je ne me sens pas moi. J’ai eu l’opportunité de tourner en France mais mon français n’était pas assez bon. C’était pour un film qui se tournait entre Lyon et Tanger. Je pouvais parfaitement fonctionner à Tanger parce que je parle l’arabe mais pour la partie française, le niveau demandé était trop élevé. J’ai suivi des cours à l’université de Madrid alors j’espère bien tourner un jour en français. J’y arriverai !

Quand vous ne tournez pas, que faites-vous ?
Adil : J’ai terminé les arts dramatiques après quatre ans d’études et je participe à des séminaires dispensés par des professeurs reconnus dans le monde entier. C'est parfois quinze jours de cours intensifs, six à huit heures de cours par jour. C’est un rythme très difficile à suivre mais c’est un effort très enrichissant. Il y a beaucoup d’acteurs qu’on ne connait pas, qui ne travaillent pas, alors on doit travailler dur pour progresser.
Germán : Depuis Fronteras, j'ai commencé à suivre des cours de théâtre dans une école d'art dramatique à Bilbao. Et maintenant, comme je viens d’avoir mon bac, je déménage à Madrid pour compléter au mieux ma formation d’acteur.

Merci Adil et Germán pour votre interprétation et nous vous souhaitons une belle carrière!

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