Films espagnols

Affiche

Fronteras

Un film de Mikel Rueda
Avec Germán Alcarazu, Adil Koukouh, Joseba Ugalde, Eder Pasto, Moussa Echarif, Mansour Zakhnini
Romance | Espagne | 2013 | 1h 36min
Festival du cinéma espagnol de Nantes 2015-Prix Opera Prima, Cinehorizontes – Marseille – France (Mention Spéciale Opéra Prima), Sélection: Festival Reflet du cinéma ibérique et latino-américain – Villeurbanne – France, Sélection: Festival du cinéma espagnol – Ancenis – France, Festival du cinéma espagnol & Latino-américain de Brest – Brest – France
"Fronteras", un film porte-bonheur.

Fronteras (A escondidas), deuxième long-métrage de Mikel Rueda, est l’histoire d’amour entre deux jeunes adolescents aux réalités bien différentes. Ils vont vivre, comprendre et accepter doucement ce qui est leur premier émoi. Parce qu’à l’amour, tout le monde a droit. Avec Fonteras, la rentrée s’annonce libératrice.

Film également vu à l'occasion du 21ème Festival Cinespaña de Toulouse, du 30 septembre au 9 octobre 2016.

Le mardi 30 août 2016. 

Rafa (Germán Alcarazu) est espagnol et vit son adolescence joyeusement entourée de sa bande d’amis, bien qu’un peu spectateur de son quotidien. Entre parties de jeux vidéo et matchs de waterpolo, il croise Ibrahim (Adil Koukouh, vu notamment dans la série El Príncipe), réservé, jeune marocain résidant au centre d’accueil des mineurs sans papiers. Naîtra de cette rencontre une relation amoureuse, complice et vraie.

Mikel Rueda (Izarren Argia et les courts Agua !, Present Perfect, Cuando corres) réalise un deuxième long métrage tout en subtilité !

 


Pourquoi eux ?

Rafa pourrait se fondre dans la masse. Il est jeune, s’amuse, communique avec ses amis mais reste distant quant à leurs sujets favoris, les filles et les émigrés. Fronteras, c’est l’histoire de ce jeune qui ne rentre pas tout à fait dans le moule du politiquement correct. Il n’a pas encore les mots et cherche dès les premiers plans du film, face à un miroir, sa place. Il semble tout contrôler, il ne comprend pas encore ce qu’il ressent jusqu’au jour où il croise Ibrahim, perdu lui aussi, dans son même miroir, et les choses deviendront claires.
Ibrahim est dans l’attente que sa situation en Espagne soit complètement légalisée. Toujours un peu solitaire, il s’intègre au centre d’acceuil. Courageux face aux injustices dont il est souvent le témoin, il lutte pour ne pas être plus à la dérive. Il rencontre d’autres émigrés qui ont choisi la complexité des trafics illégaux, bien malgré eux. Il s’isole de temps en temps, lui aussi, comme pour mieux se trouver.
Ensemble, Rafa et Ibrahim vont se sentir plus libres et plus heureux. Et on ne peut que croire à cette expérience de premier amour tant elle est délicatement interprétée par ces deux jeunes acteurs non-professionnels. Ils ont été sélectionnés parmi 5000 autres débutants, et on comprend vite pourquoi. Sans aucun doute  Fronteras leur ouvre une carrière prometteuse. Après cette admirable prise de risques, nous suivrons les actualités de Mikel Rueda et de ces deux acteurs.

Parce que la vérité doit encore être montrée !
Germán et Adil ont été choisi parce qu’ils jouaient vrai. Voici l’intention principale du réalisateur : montrer la vérité, celle des émotions des adolescents dans leur quête de leur véritable identité, seuls et avec les autres. Comme Mikel Rueda l’a précisé lors de l’avant-première publique Yagg au cinéma Gaumont Opéra Côté Premier à Paris: « J’avais les idées très claires là-dessus. Je voulais des acteurs non-professionnels. Si ça n’avait pas été vrai, rien n’aurait pu fonctionner. Eux, ils crèvent l’écran ». Mikel Rueda installe la question de l’Autre avec poésie, parfois douce et parfois acide. Les adultes, presque toujours hors-champs, ne sont là que pour rappeler l’existence des règles conventionnelles, des clichés ou encore des utopies sociales trop réductrices. Les jeunes filles sont là aussi mais discrètes laissant du temps et de l’espace aux personnages principaux. Nous remarquons la présence incisive du grand Álex Angulo (El rey pasmado, El día de la bestia, …), décédé quelques mois après le tournage, qui incarne un surveillant compatissant et solidaire du centre d’hébergement s’opposant à la cruauté et à l’injustice du système social :« Vous n’avez pas honte, ce ne sont que des gosses ». Tout est dit dans cette réplique. Le film est bien engagé dans les luttes pour les libertés sociales.
La lumière se fait sur les émotions qui s’entrechoquent, se bouleversent et s’emmêlent au gré d’un montage d’abord labyrinthique puis linéaire quand les évidences éclatent aux yeux des spectateurs. Mikel Rueda pose les images là où les mots n’existent pas encore. Les plans sur les sols sont nombreux – goudron, terre, bétons –tels des métaphores du parcours des personnages. Ce parti pris de la réalisation, faire vivre l’intériorisation puis l’épanouissement des émotions, est renforcé par l’utilisation d’un grain imparfait de l’image. Cette texture nous rapproche des personnages et rend les émotions plus intimes. Mikel Rueda a voulu « faire comme un voyage pour deux personnes qui se cherchent. [Il voulait] que cette sensation de l’inconnu et de recherche de la personnalité soit la même pour le spectateur. Quelque chose de chaotique comme les émotions qui ne sont comprises qu’avec du recul ».
 La bande-son, en ce sens, participe à la mise en évidence des émotions naissantes, l’amour et l’envie d’exister. Mikel Rueda a cherché longtemps les accords parfaits et c’est avec bon goût qu’il nous transporte dans sa douce aventure au son indépendant de Belako, de Pau Vallvé et même de OBK avec « Besos de mentira ». Parce que la musique rend plus tolérant et moins injuste, on pourrait l’écouter encore et encore. Les sons ambiants, comme ceux des plans en extérieur sur une Bilbao industrielle, complètent le puzzle des émotions dans un espace qui devient universel.


Fronteras est un long-métrage audacieux, engagé et authentique. Les thèmes de l’homosexualité chez les adolescents, l’émigration des jeunes mineurs et les premiers émois sont réunis dans une personnelle fresque de tolérance. On ne peut qu’applaudir que ce cinéma existe car comme l’a déclaré Mikel Rueda « il doit y avoir un autre type de cinéma pour permettre à la société d’avancer ». Ce film est une œuvre à diffuser largement, sans oublier auprès de nos lycéens, pour ses apports constructifs diversifiés. Même si en Espagne comme en France la légalisation de l’homosexualité s’est réalisée, que la prise en charge des jeunes migrants devient une réalité, Fronteras est un film hautement nécessaire pour que ces situations s’améliorent dans toutes nos sociétés, au-delà du papier.



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