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Champions

Un film de Javier Fesser
Avec Javier Gutiérrez, Gloria Ramos, Luis Vidal, José de Luna, Jesús lago, Roberto Sánchez, Sergio Olmo, Itziar Castro, Juan Margallo, Luisa Gavasa, Athenea Mata, Daniel Freire
Comédie | Espagne | 2018 | 1h58
Champions ou la merveilleuse réalité de Javier Fesser et Cie
Nous sommes tous des Champions !

Ecrit par David Marqués (réalisateur des courts Bocanadas et Tragos ou des longs comme Cualquiera en 2001, Dioses y perros en 2014, producteur, publicitaire et co-auteur de l’œuvre théâtrale ¡ A tiros ! dirigée par Antonia San Juan) et Javier Fesser. Champions, réalisé par ce dernier, professionnel incontournable de la réalisation publicitaire, de courts largement distribués, de quelques longs aux sujets piochés dans la culture populaire espagnole et à la photographie avant-gardiste en Espagne (El milagro de P. Tinto en 1998, La gran aventura de Mortadelo y Filemón en 2003 par exemple), propose un souffle frais tant pour le récit du film que pour la narration épurée. Ici, l’enjeu n’est pas l’image mais les personnages. La diversité fonctionnelle est mise en scène, Fesser la fait briller à l’heure où la magie de la réalité semble obscurcie par la peur et le rejet socio-économique de l’Autre.

Le handicap de certains

Le casting de Champions est une mosaïque performante d’acteurs et actrices talentueux. Un entraîneur en phase de « borderline » se voit attribué la charge de former et accompagner une équipe de basketball hors du commun. Les acteurs interprétant les membres de l’équipe « Les Amis » ont été sélectionnés grâce à l’étroite collaboration d’associations et fondations dédiées aux porteurs de handicaps (ASPADIR -http://aspadir.org/WP-, Plena Inclusión -http://www.plenainclusion.org- et APADIS,  -http://www.apadis.es-). Leur interprétation s’élève face aux sceptiques, elle est majestueuse. Comme Javier Fesser a l’habitude de le formuler dans ses interviews, il a travaillé avec des acteurs « surcompétents ». Il brouille les frontières, sociales et cinématographiques, qui nous séparent et ceci grâce au brio et aux efforts de chacun. Sergio Olmos (Sergio), Jesús Lago Solís (Jesús), Gloria Ramos (Collantes), Jesús Vidal (Marín), Fran Fuentes (Paquito), Julio Fernández (Fabián), Alberto Nieto (Benito), José de Luna (Juanma), Roberto Chinchilla Sánchez (Román), Stefan López (Manuel) interprètent des rôles de jeunes handicapés aux caractéristiques différentes des leurs. Ils ont en commun le fait d’être porteurs de handicaps et ils jouent des personnages ; voici l’équation parfaite pour reconnaître à l’unanimité leur statut d’acteurs virtuoses mis en scène de manière effective. Face à eux, des personnages plus communs permettent l’identification du spectateur lambda : ils portent le visage de Javier Gutiérrez (Marco, l’entraîneur vu récemment dans El autor de Manuel Martín Cuenca), Athenea Mata (Sonia, la femme de Marco vue dans le film Mortadelo y Filemón contra Jimmy el cachondo de Javier Fesser) , Daniel Freire (Carrascosa, vu dans Lucía y el sexo en 2002), Luisa Gavasa (la mère de Marco, Incerta Gloria en 2017) et même un court passage de l’actrice en vogue Itziar Castro (cf. Pieles, 2017). Avec un tel casting, le film devient subtil et la réflexion agréablement fluide. L’éventail des possibilités s’ouvre sur grand écran. Le handicap n’est pas forcément là où on l’attend. L'entraîneur, au début plutôt dépité, s'accroche et s'adoucirait peut-être... qui sait? 

Et la lumière de tous

Suite à la projection de Champions, comment ne pas penser à d’autres films, plus documentaires ou plus sérieux ou encore plus politiquement corrects ? Certains prédécesseurs mettent en scène des personnages et acteurs atteints de handicap comme Le huitième jour de Jaco Van Dormael (1996), Yes We Fuck ! de Antonio Centeno et Raúl de la Morena  (2015) ou le magistral Vivir y otras ficciones de Jo Sol (2016) pour ne citer que ces trois titres. Ici, l’humour s’impose pour faire de Champions un rayon de soleil. Sans mépris, ni empathie mal placée ou niaise, la dignité prend le dessus. Plus que des théories d’inclusion de la diversité, Javier Fesser et son équipe les mettent en pratique. L’effet est rendu non par des artifices photographiques outre mesure, qui auraient d’ailleurs ridiculisé les personnages mais l'’étincelle provient de tous. Il ne nous reste plus qu’à applaudir l’audace de Javier Fesser, sa simplicité et la générosité de ses acteurs : « ¡ Yes, they act ! » 

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