Films espagnols

Affiche

Vivir y otras ficciones

Un film de Jo Sol
Avec Antonio Centeno, Pepe Rovira, Arántzazu Ruiz, Ann M.Perelló
Drame | Espagne | 2016 | 1h 21min
38e Cinemed Montpellier, Sélection officielle San Sebastián 2016, Göteberg Film Festival
Vivre
« Qui veut vivre finit par avoir des problèmes avec la vie » entend-on dans le dernier grand film de Jo Sol programmé au 27ème Festival du cinéma espagnol de Nantes. Ces précédentes réalisations sont à rappeler: El Somni (2013), Fake orgasm (2010), El Taxista ful (2005), Tatawo (2000).

Voici un film qui a des allures de documentaire, car, malgré son titre poétique, c'est une histoire bien ancrée dans la réalité (dans la veine du « cinéma social ») que nous propose le réalisateur Jo Sol en abordant le thème de la place des handicapés dans notre société et surtout, sujet tabou, celle de leur sexualité. Le corps y tient une place centrale, sorte de personnage principal que les différents protagonistes tentent de s'approprier. D'abord Antonio (Antonio Centeno, co-réalisateur et co-scénariste du documentaire Yes, we fuck! en 2015), jeune handicapé qui s'efforce de faire de son corps meurtri par un accident un nouvel objet de désir (et de plaisir), un corps qui ne soit pas seulement une enveloppe charnelle encombrante et qu'il ne peut déplacer sans l'aide des autres. Puis Pepe (Pepe Rovira, El taxista ful, 2016), vivant seul après un séjour en hôpital psychiatrique, père sans enfants, qui lui aussi semble souffrir d'un handicap, il ne sait pas chanter, analogie de bien d'autres aspects de sa vie (« no soy capaz » avoue-t-il).

Cette opposition entre désirs et possibles est aussi celle de la vie rêvée et de la vie réelle, du contraste entre les normes imposées par une société sexualisée qui rejette et refuse d'admettre les handicapés. Cet effacement des personnes qui ne rentrent pas dans une norme établie semble matérialisée dans le film à travers des moments marqués par l'absence de dialogues, par l'impossibilité que les personnages ont à communiquer car ils ne se comprennent pas. Pepe, se fait le porte-voix et les yeux de cette société et pose un regard moralisateur sur les activités d'Antonio qu'il juge honteuses et déplacées - qu'en penseraient les voisins ? - alors que Sandra (Ann Perelló, Otel.lo) choisit librement de participer au projet d'Antonio et avoue retrouver du plaisir lors d'une de leurs relations sexuelles.

Pour Antonio la norme s'oppose au bonheur et impose un enfermement en soi-même (concret lorsqu'il s'agit d'un handicap physique), dans un corps qui ne ne nous appartient plus et qui est soumis aux diktats de la société. Chacun, pour être libre, doit alors oser se le réapproprier.


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