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7 razones para huir

04 Octobre 2019
« Famille » : un couple souhaite avorter de son fils déjà adulte. « Solidarité » : un petit africain sort de la publicité présentée à la télévision et débarque dans le salon d'un couple bourgeois. « Ordre » : trois personnes dans un escalier ne parviennent pas à se souvenir de ce qu'il y a après le chiffre six. « Propriété » : une femme visite un appartement où un homme pend au milieu du salon. « Travail » : une trappe s'ouvre dans le plancher du dressing d'une bourgeoise, se sont les chinois qui fabriquent les vêtements de son mari. « Progrès » : un homme agonise, une femme refuse d'appeler les secours parce qu'ils mettraient trop de temps à arriver. « Engagement » : un couple sur le point de se dire « oui » avant que la mort ne les sépare. Sept courts métrages pour fuir de la société, définitivement.
affiche
Gerard Quinto, Esteve Soler et David Torras signent une fresque dénonçant les travers de la société actuelle. Des parents souhaitent tuer leur fils qui n'est pas productif, un « nini » (« ni trabaja, ni estudia », une jeune personne qui n'étudie pas et ne travaille pas), un propriétaire loue un appartement où les précédents locataires se sont suicidés parce qu'ils ne pouvaient pas payer leur loyer, un couple qui se contente de regarder la télévision toute la journée, une femme qui décide de ne pas appeler les secours pour sauver un homme blessé parce qu'elle sait qu'ils arriveront trop tard, un couple qui se donne en spectacle lors du plus beau jour de leur vie à cause des mots que l'homme lance à sa femme lors des parties de jambes en l'air... Les courts-métrages durent une dizaine de minutes chacun. Le projet de départ est ambitieux et le casting est à la hauteur de ces ambitions. Lola Dueñas, Emma Suárez, Sergi López, Manolo Solo, Borja Espinosa, voici quelques uns des acteurs qui servent ce film où la critique sociale est bien présente.

L'humour noir relie les sept histoires qui commencent sur les chapeaux de roue. Très vite, lors du premier récit, le spectateur est réveillé et happé comme le jeune garçon est réveillé par ses parents, à quatre heures du matin. Que se passe-t-il ? Les parents lui annoncent que, depuis sa naissance, ils ont tenté de le tuer de nombreuses fois, sans jamais y parvenir. Les révélations s'enchaînent, aussi cruelles les unes que les autres. Tout est-il vrai ? Le réalisateur ne tente-t-il pas de nous faire une mauvaise blague ? Les péripéties se succèdent à un rythme soutenu et palpitant. D'ailleurs, cette première histoire (sur la famille) est, avec la dernière (sur le couple), la meilleure des sept récits. L'humour est présent, le climax et la chute sont surprenants, la cadence jubilatoire. Avez-vous imaginé dire « non » lors de votre mariage et faire une scène, devant le prêtre et l'assistance de votre famille, dans la maison divine, suite aux propos tenus lors des parties privées de jambes en l'air avec votre mari ? Tous ces propos machistes lancés sous le coup de l'excitation sexuelle, alors que la femme n'est pas toujours consentante à l'idée de se faire traiter de « pute » ? Ce dernier court-métrage est jubilatoire et part d'un postulat de départ auquel beaucoup de personnes pourront s'identifier. Tout cela est traité avec un humour corrosif, jubilatoire et mordant dans une radiographie de la société. Nos actes quotidiens peuvent parfois atteindre des sommets de bêtise et de cruauté.

Cet humour noir, qui se transforme en absurde, pourrait être un clin d'œil au film Relatos salvajos. Cependant, la comparaison s'arrête là : le spectateur rit à peine, ou si peu, puisque 7 razones ne parvient pas à tenir la route tout au long de ses 75 minutes. Le résultat est inégal, seuls le premier et le dernier court-métrages parviennent à transporter le spectateur. Entre les deux, les gags cocasses s'étiolent et ne parviennent à faire rire. L'argument de base s'étire et, comme le dit le proverbe : « les meilleures sont les plus courtes ». Le spectateur sera malgré tout sensible à la critique acerbe de la politique, de la société aisée et des hommes qui se retrouvent toujours dominés, même au seuil de la mort, par les femmes qui parviennent à s'en sortir, souriant auprès de leur cadavre avant de se prendre en selfie ou aspergée du sang qui a coulé lors de leur mariage. « Jusqu'à ce que la mort nous sépare », dit-on.

 

Film vu à l'occasion du 24e festival Cinespaña à Toulouse le dimanche 6 octobre 2019.

Aurore Kusy

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