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La virgen de agosto

La virgen de agosto : L'acte de foi de Jonás Trueba.

« Faire des films comme on fait de la philosophie » pourrait être une citation appropriée pour qualifier le cinéma de Jonás Trueba, lequel nous propose un condensé de questions existentielles traitées de manière poétique et sans aucune prétention d'y répondre.

affiche
La virgen de agosto constitue le cinquième long-métrage du réalisateur madrilène. Ce dernier s'inscrit dans la continuité de ses deux derniers films Los exiliados románticos et La reconquista. Les personnages mis en scène traduisent parfaitement les interrogations d'une génération : quête d'identité, relations amicales, mode de vie, rapport à l'avenir... D'ailleurs, le réalisateur fait de nouveau appel à plusieurs de ses acteurs fétiches parmi lesquels Itsaso Arana, l'actrice principale, que l'on avait pu voir dans La reconquistaou encore dans Las altas presiones de Ángel Santos. Ici, l'actrice est plus engagée dans le projet puisqu'elle est également coscénariste du film avec Jonás Trueba. C'est donc, et le film s'en ressent, un projet très intimiste et personnel mais à la fois universel, notamment à travers les thèmes qui y sont abordés.

Le Madrid des bals populaires

Le tournage s'est déroulé en pleines fêtes de San Cayetano, San Lorenzo ou encore de la fête de la Paloma à Madrid. Les personnages évoluent au milieu de cette ambiance de bal populaire, entre personnes dansant en costumes traditionnels, concerts ou rassemblements autour de bars éphémères. Ce décor contraste avec l'atmosphère des journées caniculaires d'une capitale désertique. Cette ambiances contrastée est propice à ce que le personnage d'Eva se redécouvre elle-même ainsi que sa propre ville. Eva a 33 ans, et comme cette double référence biblique l'insinue, elle semble repartir de zéro autant dans sa vie professionnelle que personnelle. C'est ce sentiment mitigé de retour aux sources, pareil à ce qu'on peut ressentir lorsqu'on rentre dans notre village natal pour les fêtes après un long séjour à l'étranger, qui va lui permettre de mener à bien son introspection. Au contact d'amis d'enfance qu'elle croise ou de nouvelles rencontres venues d'ailleurs qui la nourrissent mais lui paraissent étrangers. Elle part alors en quête de sens.

Le moment idéal pour être le meilleur de soi-même

Le cinéma de Jonás Trueba traite souvent de réflexions existentielles. D'une première séquence où le personnage parait s'imprégner, des concepts philosophiques énoncés par son interlocuteur ; au fil des rencontres qu'elle va faire, elle va matérialiser ces principes à travers les conversations qu'elle va tenir avec ses connaissances estivales. Ainsi, on partage ses propres théories anticonformistes autour du dépassement de soi, de l'amitié, de la maternité ou autour du fait de devenir quelqu'un. A mesure que les quinze premiers jours du mois d'août s'écoulent, Eva s'émancipe, apprend de ses rencontres et met en pratique sa théorie sur l'été comme « le moment idéal pour être le meilleur de soi-même ».

Un film de génération

Le découpage du film en quinze jours est intéressant d'un point de vue esthétique et narratif car il permet d'aller crescendo vers le final en créant une certaine attente chez le spectateur. Il contextualise également le déroulé des fêtes avec le calendrier grégorien et, par ce biais, file la métaphore biblique. L'utilisation de l'espace dans lequel évolue le personnage est également particulière : les pérégrinations d'Eva dans Madrid l'amène à devoir passer d'une rive à l'autre du fleuve Manzanares et à le redescendre comme pour pouvoir atteindre la plénitude souhaitée. En tant que spectateur on assiste à des scènes d'une grande poésie, notamment grâce aux teintes pastelles qui s'en dégagent. L'actrice Itsaso Arana réussit, de manière juste et efficace, à nous transmettre les moments d'euphorie ou de malaise amenant ce besoin d'aller chercher quelque chose d'autre. Ce besoin d'introspection est causé par la pression sociale qu'elle peut ressentir en tant que femme trentenaire. Cela passe par une recherche d'identité, du sentiment de ne pas savoir qui elle est, où elle va, ce qu'elle veut. A l'inverse, l'euphorie apparait dans des moments partagés avec d'autres personnes de sa génération ou des moments d'émerveillement sur ce qui l'entoure. En somme, un film fait par et pour une même génération, mais aux réflexions universelles.

Film vu à l'occasion du 24e festival Cinespaña de Toulouse le samedi 5 octobre 2019. 

Paul Buffeteau

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