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Viaje al cuarto de una madre

C'est un voyage au plus près des relations mère-fille que propose Celia Rico Clavellino, jeune réalisatrice de Séville, née en 1982. Après avoir travaillé comme scénariste et assistante à la production, auteure de courts-métrages, elle signe ici sa première œuvre de long-métrages. Elle en est la réalisatrice et la scénariste. Elle a choisi comme interprètes deux actrices formidables, magistrales, qui sont bien connues du public comme Lola Dueñas, Ana Castillo, primées et nominées plusieurs fois.
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Explorer la sphère de l'intime 

Celia fait partie de cette nouvelle génération de réalisatrices, trentenaires, qui ont connu le cinéma par le biais de différents métiers (monteuses, scénaristes, assistantes à la production), comme Carla Simón, Meritxell Colell, Elena Trapé, etc. qui s'intéressent à la sphère de l'intime, aux personnages féminins, et qui nous en montrent sous un aspect banal et quotidien l'universalité. Sans effets de style, sans cris et sans heurts apparents, les relations interpersonnelles sont portées à l'écran avec sensibilité. Le quotidien et l'intime sont donc les héros de leur film, plus encore s'il s'agit d'un opéra prima.

Capturer le passage du temps, l'évolution des relations, l'indépendance, l'exil puis le retour, l'absence font donc partie de ce film qui a beaucoup de points communs avec Con el viento de Meritxell Colell par exemple. Tous deux sont filmés dans un espace unique cher à chacune des réalisatrices, l'espace familial originel.

Mère et fille 

Léonor, la vingtaine, vit avec sa mère Estrella, confinées dans un petit village d'Andalousie, terre natale de Celia Rico, qu'on voit à peine et où a été tourné le film. Elles viennent de perdre leur époux et père, mais son absence est juste signifiée par quelques objets, et par la dépression de la mère. Les rôles mère-filles vont devenir interchangeables ; par leur proximité dès le début du film, corporelle, morale, professionnelle, Léonor semble condamnée au même destin qu' Estrella. Le petit village, l'appartement modeste sont à la fois nid et prison. Pas d'affrontements visibles, une continuité qui va évoluer peu à peu sans fracas, par touches subtiles, assumées. Le film nous parle de sororité, de séparation, de solitude, de retrouvailles, avec une émotion sans cesse retenue.

Le cordon ombilical qui lie la mère et la fille, un amour inconditionnel, devra être rompu et la mère devra sortir de son isolement, inévitablement. Celia nous donne à voir cette évolution qui est universelle et pourtant pleine d'émotions.

Autour de la table chauffante (mesa camilla en espagnol) la fille et la mère se lovent, mangent, regardent la télévision sans beaucoup de confidences mais avec attention. Les non-dits n'empêchent pas la communication, mais aussi le renoncement. Le rôle de la mère sera pris par la fille quand celle –ci sortira de sa torpeur et de son isolement, leurs actions sont parallèles et interchangeables : fumer, se doucher, préparer le repas, enfiler le même peignoir, renoncer aux sorties ou les fêtes pour rester près l'une de l'autre. Un parallélisme étouffant comme le huis-clos de l'appartement, lieu unique de rituels assumés.

Retour aux origines 

La réalisatrice a révélé dans une interview l'origine du film et comment il a été tourné. Même s'il n'est pas autobiographique, c'est un retour aux origines, comme pour le film de Meritxel Colell. Les acteurs se sont retrouvés dans le village de la réalisatrice, autour de la table sous laquelle est caché le chauffage, dissimulé sous les plis de la nappe dont on s'enveloppe les jambes. Les actrices ont travaillé dans les mêmes lieux que la mère de Celia : l'atelier de couture, de repassage où travaillait la mère de Celia. Lola Dueñas a appris à coudre. Elles ont senti la chaleur, la cordialité des relations villageoises mais aussi l'enfermement, l'ennui sclérosant qu'il suppose. Afin de vivre au plus près les situations pour mieux les partager.

Eclore ou revivre 

Dans l'obscurité de l'appartement, sous les couvertures, dans les placards, survivent les souvenirs du père ou de la vie d'avant. Le téléphone qui sonne en est le symbole. Les objets parlent, leur bruit marque les étapes (machine à coudre, téléphone, accordéon). Estrella, la mère, devra affronter et accepter le deuil de son mari si elle veut continuer à communiquer avec sa fille partie travailler au pair à Londres. Léonor devra accepter que sa mère sorte. Tous ces changements se font non sans difficultés mais guidés par cet amour inébranlable qui les unit. Sans drame apparent, en émotions retenues.

Un premier film salué par la critique, une œuvre sensible, portée par des actrices épatantes, filmée au plus près des visages des relations, avec simplicité et dépouillement. Un film qui nous parle sans fioritures mais de façon efficace.

Françoise-Claire Buffé-Moreno

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