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Ana de día

Ana découvre un jour qu'elle a un double. Un double qui fait exactement tout ce qu'elle devrait faire comme, par exemple, passer la journée chez sa mère pour son anniversaire. Puisque son double lui prend la vie, Ana décide de s'autoriser à faire tout ce qu'elle n'a jamais osé faire. Une vie nouvelle et extravagante s'ouvre à elle.
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Peut-on fuir de soi-même ?

Que feriez-vous si vous découvriez un jour qu'un double a totalement pris possession de votre vie ? Tenteriez-vous de reprendre la main ? Tel est le postulat de départ d'Andrea Jaurrieta. La jeune réalisatrice signe son premier long-métrage après de multiples et remarqués courts. Les thèmes abordés sont loin d'être anodins : la recherche de l'identité, le bonheur, l'accomplissement personnel, l'adéquation entre les attentes des parents et celles de sa propre vie. Ana est une jeune femme parvenue au seuil d'une nouvelle vie : d'étudiante à avocate, de fiancée à femme mariée. Mais est-elle heureuse ? Apparemment, non. Elle n'arrive pas à évaluer son bonheur sur une échelle de 1 à 10. Il est difficile de toujours suivre les préceptes et les lignes de conduite imposées par la famille et la société.

La découverte d'une ambiance ambivalente

Le film nous plonge dès les premières images dans une ambiance de mystère et de surnaturel. Les deux doubles sont en effet parfaitement identiques ; Ana part, ses proches ne se rendront pas compte du subterfuge. Jeune doctorante brillante, elle devient danseuse dans un cabaret et découvre un monde qu'elle ne s'était jamais autorisée à visiter. Ingrid García-Jonsson, jeune étoile montante du cinéma espagnol, incarne à la perfection ce personnage en crise existentielle. On l'avait découverte dans Hermosa Juventud, film qui montrait aussi les difficultés d'un personnage. Ici, le monde qu'Ana découvre est ambivalent, entre danse, sexe, drogue et liberté. D'ailleurs, le film construit un décor qui est à la fois chaleureux et soumis à une douce violence. Le cabaret aux couleurs chaudes est le lieu où la déchéance d'Ana commence.

Une histoire universelle

Pourtant, en parallèle du monde de la nuit, la jeune femme découvre aussi un nouveau monde du jour : elle vit dans une maison avec d'autres personnes qui, à un moment de leur vie, ont toutes cherché à disparaître. Le film est en ce sens très bien construit : jeu de miroir, de doubles qui se démultiplient, une musique inquiétante qui nous plonge dans l'univers de Hitchcock, perruque, physionomie et sensualité qui n'est pas sans nous rappeler Penélope Cruz dans Les étreintes brisées. Le spectateur oscille entre rêve et réalité, vérité et imagination. Ainsi, le premier film d'Andrea Jaurrieta nous pousse, au-delà de l'interrogation du mythe du double, à nous poser des questions sur les maux qui traversent les grandes villes mondiales.

L'anonymat laisse place à la solitude, à l'addiction, la prostitution et au vide émotionnel. La ligne qui sépare la réalité de la fiction peut être franchie en un clin d'œil. La musique et le montage s'unissent pour accroître ce sentiment d'extranéité de son propre-soi. Il sera alors difficile pour Ana de se retrouver... et de ne pas faire résonner en nous une histoire, somme toute, universelle.

Aurore Kusy

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