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Roberto Castón - Ander

Ander cherche à ouvrir des portes, à modifier les représentations réductrices de l’homosexualité et de la relation de couple. 
Loin des clichés sur l'homosexualité véhiculés par une partie du cinéma espagnol, Roberto Castón signe un premier film sensible, une histoire d'amour entre Ander, paysan basque, et José, un immigré péruvien. Prix Panorama 2009 au Festival de Berlin, Ander ne cesse de tourner depuis dans les festivals du monde entier et sera prochainement présenté au festival Premiers Plans d'Angers. Etonnamment, le film n'a toujours pas trouvé de distributeur en Espagne.
Roberto Castón
Vous abordez la thématique gay de façon radicalement différente par rapport à celle que nous propose habituellement le cinéma espagnol (Reinas, À la carte, Queen size bed...). Expliquez-nous ce choix.

En tant que directeur du Festival International de Film Gay-Lesbo-Trans de Bilbao, j'étais fatigué de voir des films traitant toujours des mêmes sujets, c'est-à-dire des comédies autour d'hommes séduisants, des citadins à la recherche de l'amour de leur vie, qui se trouve être le voisin qu'ils n'avaient jamais remarqué auparavant... Lorsque j'ai eu la possibilité de réaliser un film de thématique gay, j'ai bien évidemment opté pour une autre approche. Mon intention était de proposer un sujet socialement intégrateur qui s'adresse à un large public et pas seulement au public gay. Ander cherche à ouvrir des portes, à modifier les représentations réductrices de l'homosexualité et de la relation de couple.

Ander n'a pas bénéficié du circuit classique de production. Comment le film a-t-il alors été financé?

Le film a été soutenu financièrement par Berdindu!, un organisme public émanant du Gouvernement basque, qui apporte une assistance juridique et psychologique au public LGBT (Lesbien, Gay, Bisexuel, Transsexuel). Cet organisme m'a demandé en 2007 d'écrire un scénario avec trois caractéristiques: un film qui se passe au Pays Basque, avec une thématique gay, lesbienne ou transsexuelle, et un budget réduit. Ma proposition leur a plu et entre 2007 et 2008 nous avons réussi à réunir un budget d'un peu plus de 500 000 € avec les apports des collectivités territoriales basques, de la télévision basque et de petits producteurs indépendants. Nous avons tourné Ander avec des moyens limités mais avec beaucoup de plaisir, de professionnalisme et de sincérité. Ce que nous n'avions pas prévu, c'est que le film allait obtenir une reconnaissance internationale. Nous pensions que le film serait diffusé au Pays Basque et dans des festivals de thématiques gays, mais pas au festival de Berlin et partout dans le monde.

Qui est Ander?

Ander est un personnage typique du Pays Basque rural, un vieux garçon, un célibataire qui vit avec ses parents. C'est ce qu'il serait devenu s'il n'avait pas rencontré José à cause de sa jambe cassée. José, le Péruvien, change la donne parce qu'il éveille la curiosité d'Ander. Il découvre une personne aimable, attractive, différente d'un point de vue culturel. Cet intérêt qu'Ander porte à José éveille en lui des sentiments qui vont bien au-delà de l'amitié. Et quand ces sentiments se concrétisent dans une fugace mais puissante relation sexuelle, Ander se rend compte de la réalité de son inclination. Cela ne cadre bien évidemment pas avec ses valeurs familiales et il préfère dans un premier temps rejeter son désir. Le film s'attarde alors sur la manière dont progressivement Ander va se confronter à la réalité. C'est dans cette acceptation de soi que se trouve le sujet du film. Les personnages secondaires font aussi face à des problématiques similaires.

Le style est proche du documentaire. Ce traitement spécifique était-il important pour la bonne marche du film?

C'était fondamental. L'histoire, pour être crédible à l'écran, avait besoin d'un style proche de la réalité, de type naturaliste et documentaire. C'était nécessaire pour que le spectateur puisse accepter comme vraisemblable le dénouement final. Il fallait que les personnages cessent d'être des acteurs pour devenir des personnes. Les spectateurs devaient être en empathie avec les personnes et non avec les personnages. De là vient, je crois, le succès du film qui transmet une émotion particulière grâce à son honnêteté et sa sincérité.


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