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Affiche

Madre

Un film de Rodrigo Sorogoyen
Avec Marta Nieto, Jules Porier, Alex Brendemühl, Anne Consigny, Frédéric Pierrot
Drame | Espagne, France | 2020 | 2h09
Mère, lève-toi.
Rodrigo Sorogoyen et Isabel Peña ont fait évoluer le court-métrage Madre dont Sorogoyen était le réalisateur vers le long-métrage, avec le même titre. Les deux ont déjà obtenu de nombreux prix. Ils nous reviennent en France après El Reino, distribué en avril 2019, et en 2017, Que Dios nos perdone. Des ressources cinématographiques qui fonctionnent encore et des touches classiques qui sont le contrepoint propice au thème développé. Madre c'est l'histoire d'une mère qui se reconstruit malgré l'absence dramatique du fils.
Le court-métrage Madre a entièrement été incorporé au long-métrage. Il en est son incipit, sa séquence 1, son premier chapitre. Tout y est dit, intensément, avec suspense ; dans un plan-séquence. La mère au centre du récit, les personnages secondaires révélés dans leur relation avec elle. Les lieux, des repères géographiques savamment cités pour tisser la toile d'araignée qui tiendra prisonnière Elena pendant une décennie.

« Le cinéma est l'imitation de la vie. Mais dans cette construction de la réalité, le montage a toujours été nécessaire pour assembler un plan à un autre. [...] J'ai essayé de transmettre l'état de notre protagoniste à travers le montage. » précise R. Sorogoyen dans sa note d'intention.

De Que Dios nos perdone, on retrouve la volonté de développer le traitement psychologique des personnages. La mère (Marta Nieto) est filmée tant en gros plan qu'en plan large, dans les quelques décors qui suffisent au récit : le restaurant où elle travaille, ses appartements, la maison de son compagnon près de San Sebastian et une plage des Landes. On la regarde, elle qui a le cœur brisé dans son corps maigre, au bord de la capitulation. On ne voit plus l'actrice, ni le personnage, on ne pense plus qu'à la figure de la mère. Le transvasement de genres est au rendez-vous, « lent, subtil, progressif » (cf. dossier de presse).

« Nous avons toujours pensé qu'on devait quelque chose à cette histoire et à ce personnage » souligne encore le réalisateur.

Alex Brendemühl interprète celui qui l'aide, Joseba, « qui l'aime plus qu'elle » comme le dit le jeune Jean, adolescent transi d'amour pour elle, « la folle qui a perdu son fils ». Encore un second rôle que l'acteur germano-espagnol interprète magistralement (Petra, Mal de pierres). Et Jules Porier, dans la peau de Jean, apporte une touche onirique à cette création du binôme Sorogoyen-Peña qui n'est pas sans nous rappeler le troublant Ma mère de Christophe Honoré (2003).

D'El Reino, Rodrigo Sorogoyen et Isabel Peña poursuivent leur exploration du bourdonnement par l'image et le son en saturation. La caméra est présente dans un flottement accompagnant la dérive du protagoniste. Elle marque des pauses inattendues créant des profondeurs de champ tortueux. Quelques séquences qui sont peut-être de trop. La photographie de Alex de Pablo (inspiré des films de Jacques Audiard) reste malgré tout la représentation du virage cruel que prend la vie des personnages suite à la perte du fils : naturaliste.

Peu de musiques. Juste celles qui serrent le cœur aux trois premières secondes. Et pour ce film, l'on ne peut qu'applaudir la place réservée à la puissance poétique des chansons de l'artiste prolifique, Saez. « Jeunesse lève-toi », entre autres.

Les transitions marquent différents lieux, étapes, enjeux. Elles sont la contrepartie d'un récit de vie au ralenti. Elles sont majoritairement classiques : de beaux fondus enchaînés allant du visage de la mère au bruyant et menaçant océan, à la désertique plage ventée du Golfe de Gascogne, aux nomades qui la parcourent en été.

Dix ans pour que commence le deuil d'un enfant. Dix ans pour la mère qui ne peut plus l'être. 

Marie-Ange Sanchez


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