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El Reino

Un film de Rodrigo Sorogoyen
Avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, Barbara Lennie, Ana Wagener, Luis Zahera
Drame, Thriller | Espagne, France | 2017 | 2h 11min
7 prix et 2 nominations Goya 2019, 1 nomination à Beaune 2019
Un récit qui bourdonne
Nouveau long métrage de Rodrigo Sorogoyen, co-écrit avec Isabel Peña, suite à leur succès en France de Que dios nos perdone en 2016. Une distribution "multilocalisable" dans l'Espagne d'aujourd'hui, à couper le souffle, pour l'interprétation de personnages inspirés de la crise politique en 2007. Un deuxième thriller, une course contre la montre, pour un politicien qui, malgré ses propres actes illégaux, ne veut pas prendre pour tous les autres chorizos.
Tout commence avec les cravatés, bien au dessus des ronds de cuir et autres ouvriers honnêtes, dans une Espagne qui ne veille plus au devoir mais au pouvoir. La chasse aux corrompus est sur le point d'être sonnée. Le nettoyage est nécessaire. Rodrigo Sorogoyen propose un film de genre qui ne cesse de bourdonner du début jusqu'à l'avant-dernière scène. Le travail sur le son est le plus interrogateur: les voix sont sourdes, les bruits ambiants forts, la musique évolutive et électronique (cf. Olivier Arson, compositeur), les dialogues inintelligibles jusqu'à l'échange de la dernière scène.

La course contre la corruption est lancée. Manuel López-Vidal (le magistral Antonio de la Torre) ne tombera pas seul. La toile d'araignée a été tissée... qui sera attrapé et condamné ? Ce film accuse lezs corrompus mais malheureusement, dans la réalité, trop d'entre eux sont encore en place.

El Reino, c'est l'histoire d'un royaume et de sa chute. D'une classe sociale qui a bu et mangé aux plus puissants des râteliers. El Reino, c'est filmer pour attraper les acrobates de haute voltige, les bandits de la politique. Et pour porter à l'écran ce thème, la dextérité du montage signé Alberto del Campo (inspiré des films noirs américains des années 1940, de The social network de David Fincher). La caméra presque toujours à l'épaule, collée aux personnages, nous absorbe et nous lance dans l'instabilité et le suspens de la vie des personnages. Le grain de l'image est tout autant une décision artistique qui favorise le réalisme tantôt des images dites télévisées, tantôt des scènes aux répliques échangées à bout de souffle (cf. directeur de la photographie : Alex de Pablo). Les prises de décision rapides des personnages, leurs déplacements effrénés, leurs hypothèses sur la suite des péripéties renforcent la corruption du système et la férocité de tous. On pense à Luis Cabrera, le personnage de Luis Zahera primé au Goya 2019 du meilleur acteur secondaire, qui sera pris au piège sur un balcon d'une ville qui peut être toutes les villes espagnoles victimes de la corruption, ou encore à la journaliste Amaia Marín, par qui se posera la question ultime du « pourquoi ? », interprétée avec force par Barbara Lennie. Les prises de vue sont tortueuses, à l'horizontale lorsque le plan large s'y prête ou en plongée à la diagonale pour un rendu spectaculaire.

La caméra du cinéaste s'est faite caméra journalistique. A la manière d'une infiltration d'espionnage, le spectateur adopte le point de vue d'un voyou qui se veut justicier dans l'univers médiocre de la politique. Les techniques de narration mises en place provoqueraient presque un sentiment d'empathie pour ce personnage principal mais là encore, Rodrigo Sorogoyen et son équipe savent nous en mettre plein la vue et les oreilles jusqu'à la fin, et les replacent tous au banc des criminels. La réalisation de cette ruche des temps corrompus, un brin saturée selon nous, montre une fois de plus qu'après le genre fantastique, le cinéma espagnol est aussi un maître du thriller.

Marie-Ange Sanchez


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