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Affiche du film Histoire de ma mort

Histoire de ma mort

Un film de Albert Serra
Avec Vicenç Altaió i Morral, Lluis Serrat Masanellas, Noelia Rodenas
Fantastique | Espagne, France | 2013 | 2h28
Léopard d'Or, Festival de Locarno 2013
Des lumières aux ténèbres
Après Honor de Cavallería (2006) et Le chant des oiseaux (2008), le catalan Albert Serra revient avec un troisième long métrage très contemplatif. Primé cette année au Festival de Locarno, Histoire de ma mort fascine par la beauté de sa photographie autant qu'il déstabilise par sa lenteur, mais aussi par le côté morbide et cru de certaines scènes.
Le pitch ? Histoire de ma mort, c'est avant tout un clin d'œil à Histoire de ma vie, rédigé à la fin du XVIIIe siècle par Casanova lui-même. Un récit autobiographique où l'illustre séducteur revient sur sa vie et son œuvre. Dans le film de Serra, on découvre un Casanova vieillissant (Vincenc Altaio Morral), confiant à son fidèle serviteur son existence luxurieuse lors de monologues philosophiques d'une grande finesse. Quittant l'ambiance libertine et galante d'un château suisse, l'homme de lettres va finir ses jours dans les Carpates, territoire hanté par Dracula (Jordi Pau Costa)...

Casanova vs Dracula

Dans la lignée de ses précédents films, -après Don Quichotte (Honor De Cavallería) et les Rois mages (Le chant des oiseaux)-, Albert Serra dépouille les mythes pour n'en garder que l'enveloppe et nous en offrir une variation moderne. L'amour contre la mort, l'être humain contre l'être de fiction, la lumière contre les ténèbres: si tout oppose Casanova à Dracula, Serra prend le parti de les réunir dans un même scénario. Pourtant, jamais ils ne se rencontreront physiquement.

La première partie se construit autour de la figure de Casanova. Abusant des plaisirs de la chair, - qu'il les trouve chez la femme ou dans la nourriture (chère) -, cet épicurien n'a plus rien d'un homme raffiné. Il aime se goinfrer bruyamment. Sa bouche est l'instrument de son désir. Une bouche qui sert aussi à mordre pour ôter la vie, comme celle de Dracula. Dans la deuxième partie, le film bascule dans les ténèbres pour rarement en échapper. Casanova laisse place au vampire. Dès lors, s'installe une longue nuit peuplée d'étranges créatures assoiffées de sang et d'images troublantes.

Une mise en scène picturale

Chaque plan du film est une mise en scène étudiée. Que ce soit les lueurs rubescentes des rayons de soleil ou les lumières tremblantes des bougies, Serra soigne le travail sur la couleur et la photographie. Il compose ainsi des tableaux qui renvoient aux grands maîtres de la peinture: l'éclairage à la chandelle comme dans les toiles de Georges de La Tour, les jeux d'ombre et de lumière façon Le Caravage, les visages goyesques inquiétants, le clin d'œil au Bœuf écorché de Rembrandt, mais aussi les bodegones (natures mortes) où fruits et gibiers ornent les banquets. L'image parfois granuleuse, ainsi que les plans fixes et longs de la caméra, viennent renforcer le côté "tableau" de la mise en scène. Les personnages sortent du champ, disparaissant de l'écran, puis y entrant à nouveau.

Histoire de ma mort est donc une expérience sensorielle éprouvante, une magnifique divagation, un ovni catalan dans le paysage cinématographique actuel.

Elise Chevillard


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