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Los Nadie : voyager plutôt que de mourir lentement

30 Novembre 2017

Los Nadie s'impose comme un poignant pied de nez au poème de Martha Medeiros « Muere lentamente » lu dans le film par Maria Angélica Puerta d'une voie qui ne laisse pas le spectateur indifférent. Juan Sebastián Mesa valorise ici Los Nadies : ils deviennent ceux qui coûtent bien plus que la balle qui ne les tue et les rend plus forts.

affiche

Los Nadies, un poème fait cinéma

La référence inéquivoque à l'un des nombreux poèmes d'Eduardo Galeano, Los Nadies, rappelle à quel point la poésie est elle aussi une expression littéraire propice à l'inspiration cinématographique. Nombreux sont les films qui y trouvent leur genèse, comme un film qui nous est cher El lado oscuro del corazón (1992), d'Eliseo Subiela, aux résonnances poétiques de Juan Gelman, Oliverio Girondo et Mario Benedetti. La proposition de Juan Sebastián Mesa est personnelle, libre et libérée. Acte créateur à saluer au regard du marché du film. Peu d'argent et beaucoup d'envie. Un format et une narration qui effleurent l'expérimental, un peu bancal, un peu longuet, un peu déjà vu (Rodrigo D : no futuro ou La vendedora de rosas de Víctor Gaviria en 1991 et 1998)...et puis...pourquoi pas ?! Il explore les patrons et participe lui aussi à exporter un cinéma que l'on produit trop peu. Une force significative pour le cinéma colombien : la témérité, l'exigence et la poésie du réalisateur, des acteurs et des personnages.

Bonjour la ville des cœurs fous, dixit Fito Paez « Ciudad de pobres corazones ».

Fito Paez disait Ciudad de locos corazones et c'est un peu de cette chanson que nous entendons au fil des regards des cinq jeunes en quête d'échappatoire. Ils travaillent leurs corps et leurs esprits, clowns déçus et pleins d'espoirs. Contradiction-moteur de ces jeunes amateurs circassiens, tatoueurs, artistes de rue. Des amoureux fous de la vie, de la paix, des autres. Autour de leurs corps marqués, dessinés, maigres et sculptés, des discours hypocrites, affligeants et accusateurs. Ils sont plus forts que tous, ils sont jeunes et libres. Même face aux autres plus nombreux. Des écorchés vifs avec des rêves plein les diabolos qu'ils font tourner sur les toits de Medellin. Ils sont invisibles, en dehors des standards, ils sont ceux qui laissent passer la lumière. Medellin, domptée en noir et blanc, s'efface pour leur laisser crever l'écran. Pipa, Camilo, Ana, Manu et El Mechas, à bout de souffle, construisent le pont qui va les relier de la ville à leur propre vie.

Voyage maestro !

De Medellin au ciel, un seul moyen : le sourire de la musique. Ces jeunes des favelas au look et style de vie punks, ces aspirants au bien-être, ces fougueux philosophes respirent le tempo rythmé des morceaux listés ici pour le plaisir de les réécouter :

A solo un paso de Renkore / Necesidad de luchar de Krujido / Fumetas el Surfista y el ideólogo de S.Aguinaga y Grandfather / Dame de tu paz de Evelyn Ortiz Escobar / Balada del adiós de Juan Felipe Ospina / Tú llegaste cuando menos lo esperaba de Leo Dan / Intro (Menos que humano) de Terror Nuclear / -e daremos la cara a la vida de O.D.I.O. / Los Nadie de O.D.I.O. / Dinero de O.D.I.O. / Sin Memoria de Renkore / Miseria de Los Suziox

C'est dans ce cadre, supérieur à la destinée que semble leur réserver le quartier, ses habitants, leurs vies étriquées, qu'ils créent leur art, qu'ils s'évertuent à se créer, qu'ils décollent, ailleurs, sur le chemin du voyage physique ou spirituel. Medellin n'est plus que la toile de fond sur laquelle leur potentiel se tissent. Des embûches, forcément. Des tremplins, ensevelis par « esta sucia ciudad » comme le chantait Fito Paez. Le virage, enfin pris.  

 

 

 

 

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