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Affiche

Compétition officielle

Un film de Mariano Cohn, Gaston Duprat
Avec Penélope Cruz, Antonio Banderas, Oscar Martinez, José Luis Gomez, Irene Escolar
Comédie | Argentine, Espagne | 2021 | 1h54
Un casting 5 étoiles pour une satire cinématographique

Le duo de réalisateurs argentins Mariano Cohn et Gastón Duprat est de retour pour nous offrir un film très réussi. Avec Compétition officielle nous plongeons cette fois au cœur d’un tournage de film, véritable satire du milieu cinématographique. Pour donner vie à ce long métrage, les cinéastes ont réuni des stars du cinéma espagnol et argentin, avec en tête d’affiche Penélope Cruz, Antonio Banderas et Oscar Martínez. Et si dans le film (fictif), la mayonnaise a du mal à prendre entre les trois protagonistes, c’est loin d’être le cas dans ce film interprété par des acteurs et une actrice en grande forme qui n’ont pas peur de se moquer eux-mêmes des travers de leur métier.

Le ton est donné dès le début du film quand Humberto Suarez (interprété par José Luis Gomez), un riche homme d’affaires, souhaite produire le plus grand film de l’Histoire. A 80 ans, après avoir obtenu la reconnaissance et le respect de ses pairs, sa nouvelle obsession, telle qu’il la décrit à son assistant (Manolo Solo), est d’inscrire un peu plus son nom dans l’Histoire et d’obtenir désormais une reconnaissance populaire. Cette annonce nous fait sourire car on comprend bien que l’aspect cinématographique lui importe peu : il veut seulement les meilleur·e·s pour réaliser et jouer dans “son” film où sa seule implication sera financière. Il y a donc d’emblée un ego à satisfaire et pour cela, il fait appel à la meilleure réalisatrice du moment, Lola Cuevas (Penélope Cruz), laquelle choisit de travailler avec Iván Torres (Oscar Martínez), le “maître des acteurs” et Felix Rivero (Antonio Banderas), la “star planétaire”.

Le trio est lancé pour notre plus grand plaisir et c’est dans une résidence très moderne à l’ambiance assez froide que se retrouvent les trois personnages pour répéter leurs scènes en amont du tournage. Dans cette atmosphère peu chaleureuse, Penélope Cruz interprète une réalisatrice lunaire et complètement déjantée qui nous garantit des scènes avec beaucoup d’humour. Pour notre plus grand bonheur, Penélope Cruz excelle dans ce rôle de composition. Avec elle, tout est permis, tout est possible. Elle n’a pas de limites et fait ce qu’elle veut. Face à elle, Felix et Iván se retrouvent désarçonnés par cette façon de diriger et doivent travailler sur eux-mêmes pour satisfaire la réalisatrice. Car si les deux acteurs (fictifs) sont excellents, l’alchimie ne prend pas du tout entre les deux hommes. Ces derniers ont des caractères diamétralement opposés et une façon de jouer et d’appréhender ce métier bien trop différente pour être compatibles sans mettre un peu d’eau dans leur vin. Et c’est là que la compétition s’installe entre eux !

Antonio Banderas et Oscar Martínez jouent à la perfection le rôle de ces deux hommes que tout oppose et qui doivent composer avec les demandes parfois très loufoques de la réalisatrice. Un concours d’ego est lancé et la réalisation met bien en perspective cette opposition avec notamment des face-à-face grisants. En témoignent les différents plans avec cette très longue table ovale posée en plein milieu d’une pièce vide où les deux acteurs s’affrontent verbalement d’un bout à l’autre de celle-ci : excellent reflet de ce monde qui les sépare. Entre les deux, la réalisatrice “arbitre” la compétition. Elle va même jusqu’à les pousser loin dans leurs retranchements personnels : la scène des “récompenses cinématographiques” ou encore celle du “caillou géant'' sont d’ailleurs à la fois cruelles et jubilatoires.

Le film aborde avec humour l’envers du décor, ce qui se cache derrière le processus de création artistique d’un film. Mais, bien au-delà de l’aspect technique, déjà plusieurs fois traité au cinéma, les deux réalisateurs argentins s’intéressent de près aux humains qui façonnent cette industrie du septième art. Leurs émotions, leur ego, la reconnaissance et le travail d’adaptation qui change à chaque tournage en fonction des exigences de réalisation et des partenaires de scènes, sont au cœur de ce long métrage. La notion d’individualisme y tient également une grande place. Même si le cinéma est un travail d'équipe, il est compliqué d'empêcher certaines personnes de nourrir des aspirations personnelles.

Avec Compétition officielle, Mariano Cohn et Gastón Duprat nous font rire et même beaucoup. L’interprétation, la réalisation et la justesse des dialogues permettent d’aborder avec légèreté et humour un pan du cinéma que nous ne voyons pas d’ordinaire et qui fait ressortir l’individualisme et la soif de réussite et de reconnaissance de certain·e·s. Cette caricature cinématographique nous apporte une vraie leçon : le talent personnel ne fait pas tout. Comme dans le sport où il ne suffit pas toujours d'avoir des stars dans son équipe pour gagner un match, il en va de même pour faire un film. Mais heureusement, c’est loin d’être le cas pour Compétition officielle où l’alchimie de ce casting 5 étoiles nous offre une comédie grinçante à souhait.

Vu dans le cadre du festival du cinéma hispanique de Clermont-Ferrand 2022
Sortie en salles le 1er juin 2022

Agathe Ripoche


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