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La Roya

La Roya

Un film de Juan Sebastián Mesa
Avec Daniel Ortiz, Paula Andrea Cano, Laura Gutiérrez
Drame | Colombie, France | 2021 | 1h 50min
9e Panorama Cinéma Colombien
La Roya, quand rester est un acte de résistence.
La culture du café en Colombie. Ce n’est pas un mythe mais bien la réalité de familles d’agriculteurs de plusieurs régions colombiennes. Ici, nous sommes parachutés dans les hauteurs du Quindío. La tête en plein dans les nuages et des plants de café à nous en donner le vertige.

On marche dans les pas lents du jeune Jorge (Juan Daniel Ortiz Hernandez), seul héritier de nombreux hectares d’une terre menacée par la roya, champignon destructeur pour les caféiers. La main de l’agriculture a toute son importance dans la prévention et l’enraiement de ce fléau. A l’image de la roya qui gagne du terrain dans les hauteurs du valle cafetero, le vide des jeunes qui quittent la région menace tout l’équilibre qui, autrefois, suffisait à la survie de tous. Et même à la vie collective, et même au bonheur.

Le village, en bas, célèbre des festivités où tous aiment se retrouver. Ceux qui sont partis et ceux qui demeurent. Un point de chute mais aussi un point de départ mais rarement de retour définitif. Le travail des terres et la vie ailleurs sont souvent en conflit pour les jeunes qui tentent de s’épanouir dans un pays aux veines ouvertes, où la drogue et l’alcool, tout comme la promiscuité et l’absence d’horizons variés, sont leurs obstacles. Une génération qui ne trouve pas le temps et l’argent ou encore... des rêves à explorer ? Leur réalité les absorbe avant même d’atteindre leur majorité. Toute une perspective dont Jorge semble bien en être conscient mais qui, pour lui, s’éloigne.

Des démons qui ne le laissent pas dormir dans la sérénité de sa décision de vie; le spectateur savourera le temps qui s’écoule à un autre rythme, avec une autre respiration, entre les caféiers. Ce film nous permet de participer à la contemplation, au battement incessant de ce poumon vert et bleu que sont les vallées du café. La petite graine rouge qui demande tant de travail, d’efforts et de savoirs attire toute l’attention du réalisateur pour parler au plus près du courageux Jorge. Un peu comme la vie dans laquelle se mêlent les images des aïeux, les décisions des pères, les morts qui reviennent dans les nuits étoilées, les hallucinations provoquées par la fuite en avant, les caresses des femmes, de celles qui sont parties et de celles qui sont restées, l’ordre des choses….

Ce film nous parvient comme un hommage et un coup de maître. Après le superbe Los nadie, très différent de ce nouvel opus, Juan Sebastian Mesa choisit la terre, celle où cohabitent les rites et les langues venues du centre des paysages. Il choisit le jeune adulte après le groupe urbain et traque les rayons du soleil de l’amour avec un grand A du haut des montagnes. Il passe du noir et blanc à la couleur, les deux tout autant esthétiser. Film époustouflant de par ses images, de par son respect pour les hommes et femmes qui étincellent de force et de courage, de par la dignité de ceux et celles qui savent, survivent et privilégient la tête dans les nuages et les pieds fermes. Un magnifique film tout droit venu des entrailles du réalisateur. Un film que l’on remercie pour toute sa beauté qui nous traverse.

 

Vu à l'occasion du 9e Panorama du cinéma colombien, le 7 octobre 2021.

Marie-Ange Sanchez


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