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Tremblements

Un film de Jayro Bustamante
Avec Juan Pablo Olyslager, Diane Bathen, Mauricio Armas, Maria Telon, Rui Frati
Drame | Guatemala, France, Luxembourg | 2018 | 1h 40min
Prix du Public Cinélatino 2019, Sélection Panorama Berlinale 2019
« Yo sé que tu amor es un pecado”
Littéralement tremblements en français mais aussi secousses, séismes, palpitations... frissons. Après Ixcanul (Oscar et Golden Globes 2016, plus de 50 prix), ce film est le nouveau volcan en éruption de Jayro Bustamante.

Jayro Bustamante, lauréat de la Fondation GAN pour le Cinéma en 2017, a présenté Tremblements à la Sélection Panorama du festival de Berlin en février. Il a remporté le Prix du Public aux rencontres Cinélatino de Toulouse en mars.

Sa deuxième réalisation est axée sur la thématique de l'homosexualité dans un Guatemala hautement évangéliste. Loin de tomber dans la caricature, le manichéisme est toujours là car, en apparence surréaliste, il est ancré dans la structure de nombrs de familles, groupes professionnels, classes sociales, puissances économiques et Etats. Le Guatemala est lui aussi touché par l'intolérance, le racisme, la gentrification, l'homophobie. C'est de cela dont il est question lorsque le réalisateur fait le choix de nous asseoir au côté de Pablo, directement sur le siège du passager. Il nous conduit tout droit vers les conséquences de son impossibilité à assumer ce qu'il est dans un système fabriqué pour casser du gay au nom de « Dieu ». Dans la scène inaugurale, les mots échangés lorsque la mère de Pablo tend un thé à son épouse Isa (Diane Bathen) renvoient subtilement aux règles de bienséance d'une société intolérante :

- « Está amargo.                                    – « C'est amer.

- No importa. Tomaselo todo.»              – Peu importe. Bois tout.»

Très vite nous comprenons que nous accompagnerons celui qui en a besoin. Pablo, un homme de 40 ans, interprété par Juan Pablo Olyslager (Donde nace el sol, 2013), s'apprête à quitter son foyer parce que sa place est ailleurs, parce qu'il est celui qui aime un homme. Pablo est un époux, un père et un fils. Il suffirait que tous acceptent ce qu'il est mais comment parvenir à cet objectif quand ils ont honte et le pressent de se « guérir » de cette maladie ? Il lui suffirait de mentir comme le lui conseille son père. Il s'y refuse mais va-t-il supporter l'oppression ?

Il perd avant même d'entamer une lutte pour sa vie, pris au piège et malgré les efforts de Francisco (Mauricio Armas Zebadúa). A peine obtient-il un appartement que le prix à payer de son honnêteté tardive est lourd : la pression de ses proches et de la religion évangéliste l'entraînera dans les méandres d'une thérapie d'endoctrinement nuisible à la santé mentale et physique du pécheur. Il perdra la garde de ses enfants même si leur nourrice et employée de maison Rosa (María Telón, cf. Ixcanul) parvient à nourrir un infime contact entre eux. L'Eglise profitera de la misère affective de Pablo, elle se montrera manipulatrice, vulgaire et cupide.

« Yo sé que tu amor es un pecado »          « Je sais que ton amour est un péché »

                              (Titre de la chanson : « Pecado mortal » du groupe Los Bárbaros)

Jayro Bustamante place son récit au centre de Ciudad de Guatemala. Peut-être une localisation propice au thème que l'on aurait préféré voir plus personnel, moins commun ou moins globalisé. Cependant, le grand intérêt de Tremblements est qu'il dénonce l'oppression depuis l'expérience de personnages de quarante ans, un âge charnier pour Pablo qui a construit un foyer mais qui n'est pas épanoui. Bustamante ne perd pas de temps à relater une errance ou la rencontre extra-conjugale. Il nous ouvre la porte, les barrières, rompt le fil barbelé qui nous sépare de cette réalité : comment vivre sa vie d'homme libre mais marginalisé par les siens. Nous rencontrons Pablo dans cette transition.

La caméra du réalisateur nous montre la vulgarité de tous ceux qui empêchent les autres de vivre comme ils l'entendent. L'équipe du réalisateur a construit une esthétique précise proche de Pablo, de Francisco, d'Isa l'épouse, de la mère croyante, des pasteurs hommes et femmes barbares (Rui Frati et Sabrina de La Hoz). La maison familiale est lugubre, le temple évangéliste a l'atmosphère d'une chambre funéraire en opposition à l'appartement précaire où les rayons du soleil entrent comme l'espoir d'une vie possible.

Bustamante soulève aussi la question de la famille non seulement avec la famille, qui nous engendre mais aussi celle que Pablo engendre. Nous sommes proches de ses enfants : le véritable enjeu de la lutte ou du renoncement. Des dialogues murmurés entre eux nous rappellent les conséquences de la non communication et du mensonge sur la génération future. De manière analogue, les dialogues sont interprétés à voix basse et avec des propos si stratégiques qu'ils en deviennent effrayants. Seules les conversations entre Pablo et Francisco sont porteuses d'intégrité. Leurs rires et sourires complices rires et sourires ne feront pas le poids face aux cris des endoctrineurs. Pablo agira comme son pire ennemi sous les effets de la castration chimique et des paroles du dieu des homophobes. Pour combien de temps ?

Deuxième long-métrage qui est le fruit de témoignages recueillis par Jayro Bustamante d'abord au hasard puis ensuite sur le terrain, Tremblements a été réalisé par une équipe d'acteurs, de techniciens et de producteurs déterminés à dénoncer sans demi-teinte l'oppression. Tremblements est le portrait d'une société homophobe, machiste, misogyne et dictatrice capable de construire des obstacles à la liberté de tous.

Marie-Ange Sanchez


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