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El cuerpo réveille les morts

El cuerpo réveille les morts

Un film de Oriol Paulo
Avec José Coronado, Hugo Silva, Bélen Rueda, Aura Garrido
Espagne | 2012 | 1h48
Prix du public au festival Cinespaña de Toulouse, Prix du jury de la compétition internationale, meilleur long-métrage au Festival international du film fantastique de Paris (PIFFF)
El Cuerpo réveille les morts
Chargé d’enquêter sur la disparition d’un corps de la morgue où il était stocké, l’inspecteur de police Jaime Peña embarque les spectateurs dans une affaire où victimes et coupables sont loin d’être ceux que l’on croit… Un thriller haletant, signé Oriol Paulo, qui a remporté le Prix du public lors de la dix-huitième édition du festival Cinespaña de Toulouse.

el cuerpo 2En pleine nuit, Angel Torres, gardien d’une morgue, quitte avec effroi son poste de travail, le faisceau de sa lampe-torche éclairant sinistrement les troncs des bois alentours. Quelques heures plus tard, l’inspecteur de police Jaime Peña, fraîchement débarqué de Berlin où il est allé rendre visite à sa fille Eva, est sollicité par ses collègues pour enquêter sur un cas aux frontières du paranormal: la disparition d’un cadavre des locaux de l’institut médico-légal, où il devait faire l’objet d’une autopsie.

Car, avant même qu’ait lieu ce mystérieux événement, la mort de Mayka Villaverde, propriétaire de Farmatech et actionnaire de sociétés florissantes, avait soulevé de nombreuses interrogations du côté du corps médical: comment une pimpante femme d’affaires, tout juste entrée dans la force de l’âge, avait-elle pu succomber à un arrêt cardiaque? Alex Ulloa, directeur de l’entreprise pharmaceutique de son épouse et accessoirement fin chimiste, n’aurait-il pu prévenir les effets du décalage horaire, auquel il avait attribué le décès? A moins que le caractère bien (trop) trempé de sa femme n’ait fini par lasser l’impassible gentleman…

Coscénariste des Yeux de Julia, Oriol Paulo signe avec El Cuerpo son premier long-métrage en tant que réalisateur. Conçu comme un hommage aux œuvres des grandes figures du film noir et du thriller des années 50, dont il est aisé de saisir l’influence aussi bien scénaristique qu’esthétique, le film s’illustre avant tout par sa qualité visuelle. Sans jamais verser dans l’excès, le réalisateur catalan sait en effet accrocher la lumière, manier la pénombre et cadrer les visages pour donner à ses images toute la densité que l’on en espérait. Filmée avec subtilité, la morgue, pièce maîtresse du décor, cristallise la lourdeur de l’atmosphère et les tensions propres à l’intrigue, dont le cinéaste sait également parfaitement ménager le suspense.

Fondé sur un habile système de flashbacks, au cours desquels le spectateur plonge dans l’intimité de Mayka et Alex, El Cuerpo embarque effectivement les cinéphiles pour un vol direct jusqu’à un dénouement qui, hélas, verse dans l’invraisemblance. Misant sur la surprise au détriment de la crédibilité, le Catalan transforme les pistes qu’il avait patiemment accumulées en hypothèses absurdes: un parti pris dont certains salueront la finesse d’exécution, mais qui risque de laisser une partie du public dubitative, voire, avouons-le, un peu déçue.

Un choix scénaristique discutable que les acteurs parviennent toutefois à faire oublier. Repérée dans Mar Adentro, puis dans L'Orphelinat, Les yeux de Julia et dernièrement, N’aie pas peur, Belén Rueda incarne avec brio la duplicité de la séduisante Mayka Villaverde, tour à tour victime et bourreau d’un Hugo Silva méconnaissable dans son rôle de mari en perdition. Enfermé dans ses propres mensonges et entre les murs de la morgue, où les forces de l’ordre le maintiennent sous bonne garde, il fait l’objet d’un interrogatoire acharné de la part de Jaime Peña, l’archétype du flic malmené par la vie qu’incarne José Coronado.

Blasé à souhait, le Goya du meilleur acteur pour son rôle dans No habrá paz para los malvados contribue, avec le reste du casting, à faire de El Cuerpo un polar d’autant plus divertissant qu’il est loin d’avoir bénéficié du budget des blockbusters américains. La preuve que le cinéma suppose avant tout de s’y consacrer… A corps perdu.

Julie Thoin-Bousquié


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