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Insensibles, un film de Juan Carlos Medina

Insensibles

Un film de Juan Carlos Medina
Avec Alex Brendemühl, Tomas Lemarquis, Irene Montala, Silvia Bel, Derek de Lint
Fantastique | Espagne, France, Portugal | 2012 | 1h45
Méliès d'Argent au festival du film fantastique de Strasbourg 2012
Et si vous n'aviez jamais mal? Insensibles ou le dosage de la souffrance
Depuis quelques années, le cinéma hispanique propose un genre qu'il maîtrise à la perfection : le fantastique. Nouvelle preuve par l'image, la sortie en France le 10 octobre 2010 de Insensibles de Juan Carlos Medina. Entre legs des traditions et identité propre, Insensibles saura se faire une place de choix au sein d'un cinéma hispanique riche et captivant.

Si Insensibles démarre autour de la banalité de jeux d'enfants, la naïveté de l'une et l'incompréhension de l'autre engagent le film, dès les premières minutes, sur la pente du cinéma fantastique. Une fillette, naïve peut-être, curieuse certainement, suit l'une de ses camarades au coeur de la forêt.

La dite camarade s'enflamme le bras, sans hurlement, et propose à la fillette d'en faire de même. C'est sans risque. Sauf que pour l'efficacité de la narration et l'engagement de l'histoire, la fillette ressentira la douleur de sa peau qui brûle. Incompréhension de la petite insensible... Le postulat est ainsi établi. Il y a les enfants insensibles et les autres. Insensibles, anormaux donc, internés dans un hôpital, coupés du monde, de la vie, de l'amour et de l'affection, ces enfants seront des bêtes scientifiques, des objets d'études auxquels on fait tout subir. C'est oublier que leur insensibilité est physique, et non psychologique. Ils souffrent en silence de l'absence de « normalité », enfermés chacun dans une pièce, cellule d'une prison sans crime.

Dans la lignée de L'Orphelinat, des Yeux de Julia ou du récent Eva, Insensibles offre au cinéma hispanique fantastique une oeuvre multiple et met en perspective aussi bien la guerre civile espagnole que la question de l'héritage moral et de la filiation. Les fantômes du passé ne sont jamais loin, et la quête de soi peut s'avérer être cataclysmique : tout n'est que chamboulement, renversement, éloignement, questionnement et fuite en avant. Il y a de la précipitation dans Insensibles, tant d'un point de vue narratif que visuel. Élaborant une esthétique en clair-obscur, jouant sur les flash-back et les distorsions temporelles, Insensibles développe un univers onirique, non-monde parallèle qui mélange souvenirs, réalité et rêveries (cauchemars devrais-je dire). En cela la mise en scène intègre les comédiens dans un environnement impersonnel, froid, accentuant les moments où les enfants, insensibles à la douleur physique, jouent à s'abîmer le corps, à se le faire saigner, à se le torturer... Si le film n'est pas ouvertement un plaidoyer à une certaine forme d'anormalité, il ressort néanmoins en filigrane une tentative d'ouverture et d'indulgence face aux différences. La violence de certaines scènes se justifie alors : marquer les esprits, montrer le tout et fuir les ellipses trop faciles

Malgré quelques longueurs (conséquence des sauts temporels), le réalisateur Juan Carlos Medina signe une oeuvre atypique à l'atmosphère unique. Insensibles s'insère dans la lignée du cinéma fantastique espagnol tout en développant sa propre signature visuelle. Tantôt angoissant (parfois effrayant!) ou émouvant, ce film offre un vrai recul sur l'Histoire, sur la société et sur l'individu. Au-delà des messages, Insensibles est une réussite esthétique et cinématographique.


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