Films

Affiche REC 3 Genesis

[REC]³ Genesis

Un film de Paco Plaza
Avec Leticia Dolera, Diego Martín, Carla Nieto, Àlex Monner, Mireia Ros
Horreur | Espagne | 2011 | 1h20
Mariage raté
Ce troisième épisode de la série des REC déçoit par l'abandon du dispositif qui faisait son originalité et l'absence d'un regard critique sous-jacent.
[REC]³ Genesis débute sur l'interface d'un lecteur DVD comme si le projectionniste avait commis une erreur de manipulation. Rien de tel, il s'agit seulement du lancement d'un film amateur qui sera diffusé lors du mariage de Koldo (Diego Martín) et de Clara (Leticia Dolora). Une musique guimauve et un montage kitsch accompagnent les images d'enfance et d'adolescence des deux futurs époux, un passage désormais obligé de tout mariage qui se respecte et que le réalisateur, Paco Plaza, prend un malin plaisir à écorner. Le mariage a lieu dans une belle villa où un peu plus d'une centaine de convives sont invités. Bien sûr, certaines personnes ont apporté leur caméra pour immortaliser les meilleurs moments. Un cadreur professionnel équipé d'un steadycam (équipement évitant les saccades liées au déplacement de l'opérateur) a même été engagé pour l'occasion. Le récit des événements se fait, dans un premier temps, à travers le regard de ces cameramen, des caméras subjectives portées à l'épaule qui faisaient déjà la spécificité de REC I et II.

Tout se passe bien jusqu'à l'ouverture du bal, mais c'est sans compter sur l'oncle rigolard, qui le matin même s'est fait mordre par un chien du laboratoire pour lequel il travaille. Ce n'est pas la rage dont le canidé est porteur mais bien le germe qui transforme tout individu en zombie. Au cours de la fête, l'oncle « convertit » les employés à son triste sort et ceux-ci attaquent subitement les convives, transformant la soirée en un véritable carnage! Koldo, le cameraman professionnel et d'autres invités se barricadent dans les cuisines et c'est à ce moment là que le film bascule. Le cameraman continue de tourner – pour témoigner dit-il – et le marié, vert de rage et d'angoisse, explose la caméra au sol. Fin du dispositif « embarqué » spécifique de REC. Le regard sera désormais « extérieur » et ce jusqu'à la fin du film.

Les deux mariés, ignorant ce qui est arrivé à l'autre mais persuadés que leur moitié est toujours en vie, déambulent dans un univers hostile où une porte entrouverte, un buisson, peut cacher un mort-vivant prêt à leur sauter au cou pour leur arracher avec les dents la jugulaire. Le réalisateur multiplie d'ailleurs ces scènes atroces, très réalistes, qui plongent le spectateur dans un véritable effroi mais aussi dans un voyeurisme morbide. Les zombies ne sont pas en reste et la mariée se révèle être une véritable Harpie découpant ses « proches » à coups de tronçonneuse. Doit-on voir ici une version sanguinolente et métaphorique du « famille, je vous hais » de Sartre ? Une chose est sûre, le réalisateur manie avec aisance l'humour noir, mais la quête des deux mariés pour se retrouver vire parfois à la tartufferie. On ne sait plus vraiment si le cinéaste joue du second degré autour d'un « amour qui rend aveugle » ou s'il s'agit d'une simple niaiserie.

L'absence d'un regard critique sous-jacent contribue à renforcer ce sentiment. Autant REC I et II démontaient gentiment en sous-main les médias, la télé-réalité, le pouvoir, l'Eglise, autant [REC]³ Genesis souffre d'une absence de message à transmettre. Il faut dire que dans ce troisième épisode, la pression du monde extérieur n'existe plus. Même si les autorités mettent en quarantaine la résidence, ils n'apparaissent plus comme un élément d'oppression supplémentaire puisque les mariés sont tout occupés à se chercher dans la villa. Autre regret, le film n'apporte ni connaissance, ni évolution sur la nature de l'épidémie et la manière de la combattre. On a le sentiment parfois d'un film hors sol qui pourrait très bien ne pas appartenir à la série des REC. Reste le plaisir d'avoir peur ! Espérons que le quatrième épisode déjà en cours, [REC] 4 Apocalypse, qui s'annonce comme une suite directe des deux premiers épisodes, retrouve les « charmes » et l'originalité de ses prédécesseurs.

Thomas Tertois


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