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Affiche Princesas

Princesas

Un film de Fernando León de Aranoa,
Avec Candela Pena, Micaela Nevarez, Mariana Cordero, Llum Barrera, Monica van Campen, Flora Alvarez, Violeta Perez, Maria Ballesteros
Drame | Espagne | 2005 | 1h53
Princesses philosophes
Sortie très attendue du dernier film de Fernando León de Aranoa, le réalisateur de Barrio et de Los lunes al sol. Après avoir traité du thème de la jeunesse désoeuvrée des cités madrilènes puis de la crise sociale et du chômage, le cinéaste installe sa caméra dans le milieu de la prostitution pour nous livrer le portrait émouvant de deux prostituées.
Princesas est l'histoire d'une rencontre, celle de deux mondes qui cohabitent dans les rues de Madrid. Deux mondes réunis par le commerce des corps et désunis par la concurrence. Les putes du Nord vivent mal les tarifs dérisoires appliqués par les Africaines et les Latinas. Des « tarifs junkie », disent-elles en toisant leurs sœurs de loin.

Cayetana est espagnole. Dans une petite boîte en fer, elle range des poignées de billets bleus et rouges et note les comptes sur un morceau de papier froissé. Elle économise pour s'acheter des nouveaux seins, elle se ferait plus d'argent car les hommes préfèrent les gros seins. En attendant des jours meilleurs, elle rêve en bricolant des photomontages de son visage sur des corps de magazines porno. Zulema est dominicaine, sans papiers, broyée par le système. Elle a un fils au pays, elle trime pour lui envoyer de l'argent. Elle n'est pas arrivée en patera, mais elle a échoué à Madrid, tout comme. Elle rêve d'avoir des papiers, pour pouvoir aller et venir. Un obscur client lui propose de lui en procurer, moyennant quelques passes. Belle illusion, Zulema ne récolte que des bleus.

C'est ainsi que les deux princesses se rencontrent. « Caye » vient au secours de Zulema, l'emmène à l'hôpital après un passage à tabac de son marchand de sommeil et la pousse à se révolter. De simples voisines, concurrentes à l'occasion, elles deviennent amies et confidentes. Dans l'appartement de Caye ou dans les quartiers immigrés que fréquente Zulema, les confidences s'élèvent vers la philosophie. Caye s'interroge sur le sentiment nostalgique : peut-on avoir la nostalgie des bons moments qu'on n'a jamais vécus ? Pour elle, la vie se résume à « de la tristesse en acompte, comme la caution qu'on verse pour une maison ».

Les princesses : « Elles sont tellement sensibles qu'elles sentent la rotation de la terre, ça leur fait perdre l'équilibre ». Quand elle était petite, Caye tombait jusqu'à sept fois par jour, elle a toujours eu un mauvais équilibre... Elle rêve d'un prince charmant, qui viendrait la chercher à la sortie du boulot. Comme dit sa mère, inconsolable veuve, « on n'existe que parce que quelqu'un pense à nous, pas l'inverse ». En attendant, elle a trouvé Zulema, qui a déjà connu le bonheur, qui sait la nostalgie. Elle la protège par tous les moyens : de la police, des marchands de sommeil et de tous les autres animaux de la jungle madrilène. Une super-héroïne qui enfile son costume de pute pour aller sauver le monde.

Ces métaphores, Fernando Leon de Aranoa les manie avec beaucoup de tendresse pour ses personnages. En témoigne une magnifique scène qui prend pour objet le ballet des voitures dans le Madrid interlope, aux frontières de la ville. Les créatures de la nuit deviennent à travers le regard du réalisateur de petits êtres virevoltants. La musique des Radio Bemba se fait complice des images : « Si la vida te da mas de 5 razones para seguir, si la vida te da mas de 5 rincones para dormir, si la vida te da mas de 5 millones para morir, se fuerza la maquina de noche y de dia, se fuerza la maquina de noche y de dia. Si la vida te da mas de 5 cabrones para aguantar, si la vida te da mas de 5 lecciones pa no seguir, se fuerza la maquina de noche y de dia ».

Bifurcation. La quête de l'amour s'accompagne d'une quête de liberté, rythmée par la sonnerie des téléphones portables, obsédante, entêtante, angoissante... celle des nombreux clients qui courent après un amour au rabais. Chacune des jeunes femmes cherche à sa manière : l'amour du prince charmant pour l'une, l'amour de son fils pour l'autre. Elles se faufilent dans la vie jusqu'à temps de trouver de tout petits interstices, minuscules fenêtres vers une possible réalisation de soi. Ce temps de la bifurcation vient : les princesses de la rue plaquent le métier qu'elles n'ont pas choisi. Le timbre de la mélancolique voix de Manu Chao résonne à nouveau : « Me llaman Caye... yo sé que un dia vendra mi suerte, un dia me vendra buscar, a la salida un hombre bueno, para toda la vida y sin pagar ».

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