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Abracadabra

Un film de Pablo Berger
Avec Maribel Verdú, Antonio de La Torre, José Mota, Quim Gutiérrez
Comédie dramatique | Espagne, France | 2017 | 1h 36min
Abracadabra, et femme libre tu deviendras
Un Fabuleux destin d'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet pour les couleurs, un Nosferatu de Wilhelm Murnau pour l'expressionnisme de certains plans, un brin de Juste la fin du monde de Xavier Dolan pour la mise en scène, le rapport mère-fils de l'intrigue dans l'intrigue, et beaucoup d'Alex de la Iglesia pour l'humour caustique et la saturation générale. La magie maléfique est renouvelée avec Maribel Verdú dans Abracadabra.
Une ambiance fabuleusement cheap

L'artillerie lourde est déployée côté costume (Paco Delgado) où les personnages oscillent entre le mauvais goût et l'harmonie des pacotilles, un stylisme à la frontière nébuleuse des décors soigneusement exagérés tant pour les couleurs que pour les dimensions et les lieux (Alain Bainée). Tout devient stéréotype au point qu'il en est amusant de repérer les surprises diluées dans des plans rapides : les pochettes de disque, un jeu vidéo de Donkey Kong, des bretelles de soutien-gorge en silicone transparent. De l'appartement hanté du centre de Madrid, qui rappellera à tout bon routard les hostales de la Plaza Real, à l'appartement populaire de la ville-dortoir de Carabanchel (sud de Madrid), rien n'est laissé au hasard. Beau clin d'œil à l'ambiance retrouvée de Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier (Pedro Almodóvar, 1980), l'appartement de la famille en question, perdu entre les tours, les briques et le béton. Chapeau bas au directeur de la photographie, Kiko de la Rica, qui signe encore de beaux plateaux clinquants !

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Des acteurs performants

La deuxième étape de la recette pour que la magie opère est celle de l'interprétation des personnages. Un casting original fait de personnalités aux parcours et popularités différentes invoque les sourires des spectateurs et fait ressurgir les images de vieux films à sketches ou scènes de théâtre de boulevard : le docteur Fumetti (Josep María Pou), le cousin Pepe apprenti mentaliste raté (José Mota), l'adolescente Lolita au prénom rebelle de Toñi, le morbide agent immobilier (Julián Villagrán), le jeune frustré (Quim Gutiérrez) le père de famille et mari macho, amateur pathétique de football (Antonio de La Torre), et pour dénominateur commun : la femme et mère au bord de la crise de nerfs.

Maribel Verdú, amusante, s'essaie à nouveau à la comédie et cela lui va bien ! Son expérience du cinéma (plus de 90 films) lui permet de s'imposer une fois de plus dans un jeu précis et nuancé. Elle donne un nom et un visage à Carmen. Comment ne pas sourire à ses mimiques et aux détails de ses costumes : la pince à cheveux sur une bretelle de son débardeur, le collier-prénom, ses maquillages, coiffures et tenues loufoques.

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Pour que la formule magique soit prononcée...

...et le sortilège lancé, Pablo Berger ajoute des scènes cultes de la culture populaire espagnole finement reconnaissables (cf. Mike Oldfield, Camilo Sesto, Uri Geller, etc.). Nous ne dévoilerons rien de plus sinon que cet opus presque totalement opposé à l'œuvre précédente, Blancanieves (2012) est un film plein d'humour. Abracadabra, fable excentrique du réalisateur Paul Berger, cache une morale aussi ferme et implacable que le sont les quartiers périphériques madrilènes, dont les plans de coupe structurent bien plus l'argument du film qu'un simple hommage cinématographique.

Paul Berger qualifie son film d'« extrême », comme pour les précédentes réalisations depuis son court Mamá (1988), son premier long Torremolinos 73 (avec Javier Cámara, Fernando Tejero et Candela Peña, en 2003) en Espagne. Soulignons aussi un détail qui marque sa production créative : il a fait partie de ceux qui ce sont formés à l'étranger (master de réalisation cinématographique à la Tish School of Arts de l'université de New York) d'où l'esthétique des comédies de Broadway.

Offrez-vous de franches rigolades d'auteur dans les salles obscures dès le 3 janvier 2018 et suivez de près les décisions de notre sorcière bien aimée des temps modernes. Blancanieves n'est plus, Carmen a décidé de ne plus être invisible, d'être heureuse sur les airs de la musique originale symphonique d'Alfonso de Villalonga, son plus précieux talisman contre la violence des genres en guise de souliers de vair.

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