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Nos soleils

Un Film de Carla Simón
Avec Josep Abad, Jordi Pujol Dolcet, Anna Otín, Albert Bosch, Xenia Roset
Drame | Espagne | 2022 | 2h
Ours d'Or - Festival de Berlin '22
Un drame familial aussi dur que lumineux
Récompensé en février dernier à la Berlinale, Alcarràs est une peinture sociale du monde agricole. Un Ours d’Or amplement mérité pour la réalisatrice Carla Simón qui a su mettre en lumière un thème aussi important que celui de l’agriculture et des petits exploitants, tout en s’entourant d’acteurs et actrices non professionnel·le·s.

Des enfants qui jouent dans une voiture abandonnée avant que celle-ci ne soit détruite par une pelleteuse. La joie et l’insouciance avant le drame. C’est ainsi que débute le film de Carla Simón : le monde d’avant en opposition au monde d’après. Des terres cédées à l’époque de la Guerre Civile sans document officiel car, avant, seule la parole comptait. Mais dans le monde d’après, tout change et une parole ne suffit pas. Sans ce document, les Solé sont contraints de céder les parcelles, où la famille travaille tous les jours sans relâche, pour que des panneaux solaires puissent être installés. La famille Solé passe ainsi son dernier été à cueillir les pêches qui les ont fait vivre jusque là : chronique d’une fin annoncée.

Si le film commence rudement et qu’on peut difficilement s’attendre à un retournement de situation, Carla Simón nous montre une version lumineuse et filme avec beaucoup de tendresse et de bienveillance cette famille confrontée à la modernité forcée. Une famille composée de plusieurs générations confondues où chacun·e apporte sa touche de luminosité. Malgré l’adversité et les désaccords, Carla Simón nous montre une famille unie. La scène qui réunit tous les membres de la famille dans le salon pour voir le spectacle proposé par les plus jeunes est une parfaite illustration de ce ciment qui les unit. Les enfants respirent la joie de vivre et apportent beaucoup à cette famille.

Si pendant des générations, les enfants reprenaient le travail de la terre entrepris par les parents et grands-parents, il est difficile d’imaginer un futur similaire pour eux face à la question de la modernisation. S’adapter et renoncer à ses propres valeurs ou continuer de se battre. Le film pointe très bien du doigt le conflit actuel existant entre les enjeux écologiques et économiques, à l’image des manifestations des agriculteurs pour une rémunération plus juste par rapport à leur travail. Il est bien question de vouloir vivre de leur travail et non survivre sans savoir de quoi sera fait le lendemain.

Le père de famille, bien que bourru au premier abord, est filmé avec beaucoup de tendresse et derrière la caméra, c’est bien le quotidien d’un homme acculé qui est dépeint. Un homme qui a passé toute sa vie sur ses terres et qui, du jour au lendemain, doit accepter de tout voir disparaître sans savoir ce qu’il laissera à ses enfants. Les petites exploitations familiales ont malheureusement très peu d’avenir et cette vérité est dépeinte avec beaucoup de réalisme par la réalisatrice.

Sans trop en dévoiler, la scène finale, magnifique et impactante, est un parfait résumé de tout le film et de la situation de nombreux petits exploitants. Malgré la souffrance causée par la perte de leurs terres, ce qui unit cette famille est bien plus fort : du plaisir du travail collectif au plaisir de vivre et d’être ensemble. Une tranche de vie mise en lumière de la plus belle des manières !

Vu en avant-première à Clermont-Ferrand, le 23 septembre 2022.

Agathe Ripoche


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