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Los Sonámbulos

Un film de Paula Hernández
Avec Erica Rivas, Ornella D'Elia, Marilu Marini
Drame | Argentine, Uruguay | 2022 | 1h 47min
Sortie en DVD le 14 Septembre 2022
Los sonámbulos ou une tragédie familiale vue par Paula Hernandez
Los sonámbulos, cinquième film de la réalisatrice argentine Paula Hernández, écrit par elle également, monté par Rosario Suárez, produit par Tarea Films (co-production : Oriental Films) et distribué en France par Bodega Films. Il s'agit de l'histoire d'une maïeutique familiale dans l'espace à huis-clos de leur maison familiale paternelle. Trois générations sont présentes pour les fêtes de fin d'année, le patriarche de la famille est absent car décédé quelques mois plus tôt. C'est un temps de retrouvailles mais aussi de décisions à prendre et à accepter également. La moiteur de la région est à l'image des conflits des personnages, étouffante.
Le choix du titre du film est éclairé très rapidement. Il nous lance sur une piste narrative intéressante et caractérise de manière originale les personnages. Cependant, ce sujet est traité avec discrétion par la suite. Ana (Ornella d'Elía) est atteinte de somnambulisme. Elle est trouvée par sa maman (Érica Rivas), nue devant l'ascenseur de leur immeuble, en pleine nuit. Du sang perle entre ses jambes. L'inquiétude imprègne encore plus Luisa, sa mère, déjà très silencieuse dès les premiers plans du film. Ana évoque, en arrivant dans la maison de sa grand-mère pour y séjourner avec toute la famille paternelle, la récente apparition de ses menstruations. Luisa tente très souvent, à partir de là, d'être proche de sa famille, de conserver une relation complice avec sa fille qui grandit et se confie moins. Ana est une adolescente qui débute une autre étape de sa vie. Son père, Emilio (Luis Ziembrowski), en a conscience et semble l'accepter plus facilement que Luisa.

     « J'ai commencé à écrire en 2015 et le film s'est recentré sur les deux personnages principaux petit à petit. Il est devenu de moins en moins narratif et de plus en plus émotionnel. » P. Hernández (Dossier de presse De Bodega Films).

Les heures et les nuits avancent, le cousin parti loin est de retour (Rafael Federman). Il est surprenant, défiant, charmeur. Il est le jeune adulte qui déstabilise, mettant comme à l'épreuve sa masculinité et son pouvoir de manipulation. Ses motivations sont douteuses, le mystère qu'il semble renfermer est malsain. Sa proximité avec Ana tourne vite à la relation de pouvoir et d'influence. Il sait ce qu'il veut, ses pulsions sont diaboliques, non seulement pour lui mais le deviennent pour elle. Et puis, la chose arrive. Elle dit non mais lui poursuit. Alors, la tragédie qui semblait n'appartenir qu'aux générations antérieures se déplace sur celle d'Ana et de ses cousins. Alors le film, qui semblait long à se mettre en place, dont les personnages étaient mis en scène dans des dialogues plutôt communs à de nombreuses familles qui dysfonctionnent, prend du sens. Alors le spectateur peut avoir le ventre qui se tord, l'envie d'accuser les égocentriques, ceux qui auraient dû protéger mais qui ne faisaient qu'inculper encore et toujours les ancêtres. Alors la matriarche (Marilú Marini) éclaire la scène du viol, la violence physique surgit et la fuite devient la seule réponse immédiate pour sauver ce qu'il reste de Ana et de sa mère Luisa.

Ce long-métrage est un film d'atmosphère et de personnages, de caméras qui se cachent dans la danse désagréable de ces gens qui ne se supportent plus. Une narrative qui semble en pause, étirée au maximum pour mieux développer les relations tendues entre tous les personnages, leurs inquiétudes personnelles et puis finalement, la tragédie qui se produit, irréductible. Et là, il s'agit bien de toutes ces relations destructrices qui sont à nouveau repensées par le spectateur. La fin, alors, trace un tout autre chemin à cette famille qui ne sera plus jamais la même.

Publié le 16 septembre 2022. 

Marie-Ange Sanchez


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