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Affiche

Petite fleur

Un Film de Santiago Mitre
Avec Daniel Hendler, Vimala Pons, Melvil Poupaud, Sergi López et Françoise Lebrun
Comédie, Thriller | France, Argentine, Espagne, Belgique | 2021 | 1h38
Petite fleur ou une histoire de vie et de mort

Loin des décors isolés et majestueux de la Cordillère des Andes de son dernier film El Presidente (sorti en 2017 avec Ricardo Darín), c’est en France que Santiago Mitre a fait le choix de tourner son quatrième long métrage. Loin également du registre de ses films précédents, il signe avec Petite Fleur un film mêlant savamment plusieurs registres : le drame, la comédie et même un soupçon de fantastique.

En provenance d’Argentine, Lucie et José, un couple de jeunes parents, interprétés par Vimala Pons et Daniel Hendler, s’installent en France, à Clermont-Ferrand où de nombreuses scènes ont été tournées. Certain·e·s diront que l’image donnée de la ville est encore négative, à l’instar de quelques propos tenus dans le film comme : “Personne ne vient ici pour une bonne raison”. Les premières images sont également peu engageantes avec des plans sur une vieille usine et un temps maussade accompagnés de la voix off de Melvil Poupaud : “Quand un étranger pense à la France, il ne pense pas à une ville comme celle-ci”. Si au tout début du film, la première impression peut rebuter c’est justement ce qu’à voulu retranscrire le réalisateur quand un étranger (qui en plus ne parle pas la langue) débarque dans une ville comme Clermont. Santiago Mitre en avait fait l’expérience en 2013 lorsqu’il était venu à Clermont-Ferrand présenter El estudiante, son premier long-métrage. C’était alors la première ville de France où il mettait les pieds. Et en effet, ce n’est pas l’image qu’il avait de la France. Personne ne peut le blâmer. Nous le savons, à l’évocation de la France, les étrangers ont tous et toutes l’image magnifiée de Paris avec ses quartiers chics et ses monuments célèbres.

Santiago Mitre le reconnaît : il a écrit ce film pour Clermont-Ferrand et au contraire, loin de cette image négative de la ville au premier abord, il offre ici un rôle à part entière à cette ville, pour laquelle il avait gardé beaucoup d’affection. Et c’est d’ailleurs un très beau rôle qu’il lui donne avec des superbes plans, tantôt filmés du haut du quartier de Saint-Jacques tantôt du parc Montjuzet. Tout au long du film, c’est même une vie de province plutôt agréable qui est dépeinte : sorties au marché, balades dans les parcs, concerts (La Coopérative de Mai) et restaurant au cadre historique médiéval (le 1513). Même la cuisine auvergnate est mise à l’honneur avec une dégustation de truffade. Les clermontois·e·s peuvent se réjouir, la ville n’est pas juste un décor anonyme comme tant d’autres, elle y tient son propre rôle.

Santiago Mitre joue sur plusieurs registres, chose à laquelle nous ne sommes pas forcément habitué·e·s. Tout d’abord, l’aspect fantastique qui n’a de fantastique que le fait que malgré tous les meurtres commis sur sa personne, le personnage de Melvil Poupaud revient indéfiniment à la vie. Nous sommes donc loin des effets spéciaux souvent rattachés à ce registre. Cet aspect-là est même amené naturellement à l’histoire et contribue à la thématique de la répétition/routine dans laquelle nous plongeons avec plaisir. Celle-ci nous amènera même à nous interroger sur l’aspect réel ou non de ces scènes. Le voisin existe-t-il vraiment ? Est-ce que José ne rêve pas cette “évasion” ?

Vient ensuite la comédie : de l’humour noir certes, mais on rit beaucoup. Les acteurs et actrices sont en ça exceptionnels. Melvil Poupaud incarne à la perfection son rôle de - pardonnez-moi l’expression - connard arrogant face à un Daniel Hendler, peu expressif verbalement mais dont le regard et les mimiques en disent long sur l’exaspération et l’incrédulité de se retrouver face à un tel personnage. Quant à Vimala Pons, elle interprète une jeune femme dépassée par son rôle de mère qui reprend le travail et tente de concilier sa vie professionnelle et sa vie de couple qui prend l’eau. Elle décide alors de consulter un thérapeute en la personne de Sergi López, une sorte de gourou-escroc qui apporte aussi beaucoup d’humour au film avec son accent espagnol (ou plutôt catalan !) que, soi-disant, “personne ne remarque”. La scène de thérapie de groupe, tournée au Paradis à Royat, est particulièrement intense et Sergi López y est remarquable.

Foto Agathe Ripoche Petite fleur
© Agathe Ripoche

En ce qui concerne le titre du film, celui-ci est logiquement inspiré du titre de la nouvelle de l’auteur argentin Iosi Havilio, Pequeña Flor, sur lequel s’est d’ailleurs basée l’écriture du scénario. Il s’agit également de la référence au célèbre morceau de jazz de Sidney Bechet que l’on entend à de nombreuses reprises puisque c’est cette musique qui provoque chez José l’envie irrésistible de tuer son voisin, encore et encore.

Des thématiques résolument modernes et d’actualité sont également mises en avant dans le film, à commencer par la répartition des rôles traditionnels au sein du foyer. Ici, c’est José qui reste chez eux et s’occupe très bien de la maison et de leur fille tandis que Lucie entame une carrière au sein du quotidien régional, La Roue de l’Auvergne. Autre sujet abordé à travers le personnage de Lucie, et qui représente encore un gros tabou dans nos sociétés, c’est celui du plaisir féminin. Vimala Pons en parle librement dans une scène du film et les scénaristes, Santiago Mitre et Mariano Llinás, font ainsi voler en éclats cette “honte” souvent associée au sujet.

Petite Fleur est donc une réussite cinématographique qui confirme, si cela était encore nécessaire, le talent de cinéaste de Santiago Mitre. Son prochain film, avec Ricardo Darín et Peter Lanzani, intitulé Argentina, 1985, traitera d’un sujet cette fois beaucoup plus “sérieux” puisqu’inspiré d’une histoire vraie.

Vu en avant-première à Clermont-Ferrand, le 31 mai 2022.
Sortie nationale le 8 juin 2022

 

 

 


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