Films

affiche festival

Álvaro

Un film de José Alejandro González
Documentaire | Colombie | 2021 | 1h 16min
9 Panorama du cinéma colombien 2021
Quand l’errance rime avec démence.
Un documentaire autour d’une seule personne : Álvaro. Le réalisateur a approché cet homme de 70 ans dans ses déambulations à New York au seuil de sa retraite.

Álvaro est un homme qui vit dans la Grande Pomme depuis près de 40 années. Nous sommes à ses côtés dans son logement, un espace réduit dans lequel il rencontre de temps à autre sa compagne qu’il semble plus subir qu’aimer, un espace qui reçoit ses pensées vagabondes concernant son statut d’émigré colombien originaire de Pereira, ses espoirs de paix intérieure, ses troubles psychologiques, ses doutes face à son futur. Encore et encore, il semble que le temps n’a eu d’autres effets sur lui que de le suspendre dans ses rêves qui, eux-mêmes, s’estompent dans chaque rame de tramway dans lesquels Álvaro transborde.

Et l’on oublie la caméra, tout comme Álvaro, dans cet espace réduit, dans chaque angle où le réalisateur, José Alejandro González, l’installe, bien que le lieu soit extrêmement fermé. Où se trouvait l’homme derrière la caméra pour filmer de si près l’homme face caméra ? Quel est le rapport qui les unit et pourquoi rendre la vie d’Álvaro, si troublée, confuse, stérile sur grand écran ? Pour soulever le tabou de celui qui est parti et dont ceux qui sont restés attendent toujours plus, s’imaginent toujours plus, perçoivent seulement une infime part de l’ombre qui accompagne son errance dans cette terre d’exil.

Álvaro est parti jeune, nous ne savons pas pourquoi ni comment, mais il est resté et a vécu au rythme destructeur d’une autre vie qui semblait pourtant prometteuse. Celui qui part peut aussi se perdre. Puis il est revenu, très longtemps après son départ. La reconnexion là encore est impossible. Ni là ni ailleurs. Ni dans le pays qui n’a pas su le retenir, ni dans celui qui ne l’a pas entièrement accueilli.

Álvaro est un documentaire qui nous montre une vie qui ne nous donne pas envie. Une dérive d’un homme qui un jour, a pris la décision de réussir ailleurs et qui reviendra de temps en temps, rarement, quand il le pourra. Puis repartira parce que les fantômes de l’émigré se déplacent avec lui.

Álvaro, seul sur ses photos exposées dans son appartement, tantôt regrette la vie qu’il n’a pas vécue, tantôt espère encore régler ses histoires financières et sanitaires pour décider de la suite.

Voici un documentaire qui propose le portrait d’un homme qui s’est construit dans l’entre-deux : un espace borderline plein de décisions fragiles, d’une émigration questionnée, d’un retour d’Icare, d’une paix qui ne s’installe pas dans la durée, de tourments toujours plus forts. Qui est Alvaro ? 

Marie-Ange Sanchez


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