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Affiche

Summer White

Un film de Rodrigo Ruiz Patterson
Avec Adrián Rossi, Sophie Alexander Katz, Fabián Corres
Drame | Mexique | 2020 | 1h25
Portrait d’un jeune garçon en feu

Pour son premier long-métrage de fiction, Rodrigo Ruiz Patterson décline dans un film à vocation universelle le rapport mère/fils à l’ère des familles recomposées. Lorsque Fernando (Fabián Corres) vient perturber la relation fusionnelle entre Valeria (Sophie Alexander Katz) et son fils Rodrigo (Adrián Rossi), c’est l’équilibre déjà précaire de l’adolescence qui en sort bouleversé dans ce triangle œdipien contemporain.

Le point de vue adopté est celui du jeune Rodrigo, et l’on saisit alors les enjeux des émotions primaires tels que la jalousie ou la colère, impossibles à mettre en mots, et le mutisme qui en découle : une série de plans contemplatifs et silencieux forme l’espace de refuge matérialisé par un vieux camping-car investi dans des journées d’école buissonnière. La caméra et le recours ponctuel au son subjectif confirment cette intention de suivre l’évolution du garçon, dont la difficulté principale reste la parole et la transition vers l’âge adulte.

Rodrigo oscille entre l’enlisement dans l’échec et les pulsions d’existence, qu’elles soient d’ailleurs créatrices ou destructrices, tiraillé qu’il est entre une solitude détachée et nonchalante et une contribution souvent désaffectée, inerte et passive à sa nouvelle vie de famille. Avec Fernando, il multiplie les faux-démarrages sans que jamais la confiance ne puisse se construire ; le moteur cale, les cartes sont rebattues en permanence et la tension qui en résulte se canalise autour d’une incompréhension dans l’aporie d’un désir brûlant tourné vers la même femme. Les cadrages souvent serrés et le recours au champ/contre-champ illustrent le jeu d’attraction et de répulsion dans ce triangle qui se cherche.

En arrière-plan, on devine également l’interrogation sur le rapport parfois sournois et insidieux entre bonheur et interdépendance. La construction du trio illustre la circulation de cette idée d’un personnage à l’autre ; est-il souhaitable de renoncer à une partie de soi pour plaire et vivre dans un sentiment de sécurité affective et matérielle ? Dans une adolescence sans compromis et sans concessions, la volonté de Rodrigo, mené par ses impulsions, va à l’encontre de la logique des adultes. Comment interagir autrement que par l’affrontement avec la figure du même sexe qui incarne la loi et la tentation du parricide ?

L’ensemble se complique encore dans le difficile apprentissage des jeux de séduction et des ruses du langage verbal et non verbal, notamment dans le recours au mensonge et au bluff, processus auxquels s’oppose la violence des sentiments primaires, authentiques et radicaux. C’est là une des richesses du film que d’illustrer ces paradoxes et contradictions : pensons notamment au contraste entre d’une part, la maxime « Todo está en los ojos », lâchée au cours des pas de danse enseignés par Valeria et d’autre part, le recours aux lunettes qui évitent de trahir les émotions au jeu de cartes. Entre authentiques et dissimulées, les géométries variables des relations familiales et sociales évoluent au gré des êtres qui les incarnent.


Audrey Louyer


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