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Las niñas

Las niñas

Un film de Pilar Palomero
Avec Andrea Fandos, Natalia de Molina, Carlota Gurpegui
Drame | Espagne | 2020 | 1h 30min
4 Premios Goya 2021
Elle(s)
Nous découvrons ce film grâce à notre partenariat avec le Festival du cinéma espagnol de Nantes, 30eme édition. Nous connaissons les prix qu'il a déjà reçus, les figures du cinéma qui gravitent autour, les clichés du brillant photographe Jorge Fuembuena mais... fort heureusement... nous avions pu éviter toutes lectures, critiques, podcasts et même bande annonce. Ce qui nous a permis d'en apprécier au maximum son essence, ses suggestions, sa pertinence.

Las niñas fait, en premier lieu, le portrait de jeunes filles au seuil de leur puberté. De grandes enfants qui deviennent des jeunes filles de par leur éveil sensoriel, leur curiosité pour l'autre, pour leur propre changement, pour l'identité qu'elles se découvrent, pour leurs découvertes et expériences de leur âge. Pour leur effronterie aussi, pour leur empathie encore, pour leur questionnement qui mûrit, pour leur juste rébellion.

                                                           Las niñas

Ces jeunes filles vivent dans les années 90 et le film est touchant également pour les éléments artistiques appartenant à cette époque, surtout pour la génération des quarantenaires d'aujourd'hui. On retrouve des tenues, des maquillages, des intérieurs et des musiques. La bande son rappellera certainement des souvenirs à plus d'un spectateur. Mais Las niñas n'est pas un film qui nous attrape seulement par cette lecture, sinon par l'accompagnement tout en pudeur vers le grand secret qu'il renferme. Une douce manière de nous faire perdre sa piste que celle de nous égarer dans un tendre labyrinthe des émotions des filles qui grandissent.

                               Las niñas (2020)

La réalisatrice œuvre avec délicatesse à l'heure de filmer ses actrices. Le travail avec son actrice principale (Andrea Fandos) porte ses fruits à l'écran. La jeune fille, plutôt silencieuse, a su relever le défi de son personnage qui évolue vers une lumière, qui, paradoxalement, sera pour elle révélatrice et destructrice. Tout du moins, c'est ainsi que nous le ressentons. Malgré un effet de lenteur difficilement évitable lorsque les émotions prennent autant de place dans une narration, le cheminement est parsemé d'épreuves initiatiques pour la protagoniste, Célia Mateo, notre Ulysse au féminin. Elle passera de la feinte du chant dans la chorale de son école à l'éclosion de sa propre parole. De la perfection de ses tresses au relâchement de ses longs cheveux, de la prière docile à la sentence irréfutable, des regards obliques à la communication de face. Elle s'essaiera au maquillage, à la brassière, à la cigarette, aux musiques des grandes, aux regards de la nouvelle (Brisa, Zoe Arnao) provenant de l'autre grande ville, aux refus de répondre à son enseignante, à la fugue, aux questions sur son origine.

Son monde est construit sur les volontés claires de sa mère : « Yo quiero que estudies. Que te saques una carrera. Que no seas como yo. Que no dependas de nadie ». Exigences qui ont bercé toute une génération de femmes en plus de celles qui ont vécu également leur scolarité dans un cadre religieux et ont pu entendre les mots ici prononcés par une Sœur enseignante des mathématiques : « para que aprendas a comportarte como Dios manda ».

                                           

Las niñas interroge, en second lieu, le cadre éducatif des jeunes filles. Les sœurs, leurs lectures, leur catéchèse, leurs discours, leurs féminités et virginités. Des insertions discrètes de leur livre de chevet et des films au programme facilitent non seulement l'identification par les spectateurs mais pointent du doigt leur influence sur la société de l'époque et sur ce qu'elle est devenue aujourd'hui, insertions telles que Platero y yo et Marcelino, pan y vino ou les sculptures de la vierge Marie. C'est de cette société du tabou, du jugement, du qu'en dira-t-on que naît, plan après plan, une Célia qui comprendra et qui leur survivra.

Las niñas : un film tout en respect, pudeur et dignité.


Film vu au 30e festival du cinéma espagnol de Nantes en ligne. Merci à notre partenaire !

Publié le 2 avril 2021.

Marie-Ange Sanchez


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