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Apenas el sol

Un film de Arami Ullón
Drame | Paraguay, Suisse | 2020 | 1h 15min
Cinélatino 2021, IDFA
Evangélisation d’hier et d’aujourd’hui
Mateo Sobode Chiqueno semble être la mémoire des temps passés. Grâce à ses cassettes contenant les voix et les chants recueillis depuis les années 1970, il tente de sauver la mémoire de son peuple, les Ayoreo.
Il s'agit d'un peuple vivant seul dans la forêt du Chaco, au Paraguay, sans contact avec le monde extérieur. Sans contact, c'était avant. Avant qu'ils ne soient chassés de la forêt, victimes collatérales d'une déforestation qui avait des visées financières. Mateo Sobode Chiqueno continue encore aujourd'hui, avec sa radio enregistreuse d'antan, d'enregistrer les paroles de ses compatriotes. Ces propos d'aujourd'hui détonent avec ceux d'hier ; les Ayoreo ont été évangélisés par des missionnaires. On croyait cette pratique datée et réservée au au XVe siècle, et pourtant, elle a perduré, sous nos yeux, jusqu'à ces dernières années. Personne n'en a parlé, et pourtant. Pourtant, de nombreuses personnes sont mortes sur les chemins qui les séparaient de leur nouveau village, loin de leur forêt. De nombreuses personnes sont mortes avant, dans la forêt. Les parents de Mateo Sobode Chiqueno, par exemple.

Aujourd'hui, ceux qui sont arrivés dans le nouveau village ont dû laisser tomber leur culture : ils s'habillent en jean et tee-shirt, casquette vissée sur la tête, parlent de Dieu (parlent beaucoup beaucoup de Dieu) et ne vénèrent plus leurs anciennes croyances. Certains font de la résistance, se souviennent. D'autres aimeraient retourner vivre dans la forêt, mais ne se sentent plus le courage de franchir le pas maintenant qu'ils ont goûté à l'autre culture. Ceux qui ont réussi à passer entre les mailles des missionnaires sont traqués ; les empreintes laissées aux abords de la forêt les trahissent. Le documentaire d'Arami Ullón raconte cette histoire, cette mémoire. Avec une grande douceur et une totale compréhension, elle interroge Mateo Sobode Chiqueno et l'accompagne lors de ses enregistrements. Le spectateur ne peut éviter de se mettre à la place de ce peuple traqué et persécuté, comme tant d'autres encore aujourd'hui. Comment peut-on fermer les yeux ? Comment peut-on encore nous cacher la vérité ? Comment est-il possible de croire que l'on peut profiter d'une « supériorité » pour soumettre et éradiquer un peuple ? Comment peut-on traquer et appâter des hommes en laissant des habits et des miroirs en lisière de forêt pour les soumettre, les tuer ?

Le documentaire est fort, important, mais il manque toutefois de vigueur et de vitalité. Les plans des rencontres, des interviews, des chants se succèdent aux côtés des plans fixes sur une multitude d'animaux morts. Les propos sont forts, la conclusion cinglante : le soleil est la seule chose qui n'appartient pas aux Blancs. Même l'eau qui coule sous les pieds des Ayoreo a été réquisitionnée et volée...

Aurore Kusy


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