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La ciudad de las fieras

La ciudad de las fieras

Un film de Henry Eduardo Rincón Orozco
Avec Bryan Córdoba, Oscar Atehortúa, Joel Mosquera, Valeria Perez, Héctor García
Drame | Colombie, Equateur | 2021 | 1h 33min
33e Cinélatino 2021, Miami
La ville des bêtes
La caméra se déplace dans un lieu en pénombre. Elle reste au niveau des mains qui s’échangent des billets, pèsent des coqs, les déplacent vers l’arène du combat. Des hommes à l’allure banale, des bouteilles d’aguardiente dans les mains, crient au coq le plus fort. Un jeune homme – avec une casquette et un sac à dos, les regarde, écœuré. Un enfant ramasse les cadavres des deux coqs morts, entretués. Tato trouvera son issue.

Un film de production colombienne signé par Henry Eduardo Rincón Orozco (Pasos de héroe, 2016) tout fraîchement terminé et diffusé au festival Cinélatino de Toulouse pour ces 33e Rencontres (mars 2021, sur la plateforme : http//online.cinelatino). 

Une narration traditionnelle, pour la plupart des séquences, qui ficelle l’ensemble de manière très précise. Le film est relativement court et réussit pourtant à raconter sans ennuyer ni écarter son spectateur. Fort des touches parcimonieuses du réel merveilleux, sa place dans la compétition est justifiée. Ce film rend visible le parcours de Tato (Bryan Córdoba), un jeune des quartiers saturés de Medellín, autre, différent, gentil mais fils de son temps un peu malgré lui. Un personnage principal qui nous rappelle aussi celui de Ras (Jovan Alexis Marquinez) dans le film de même nationalité Los Hongos (Oscar Ruiz Navia). Une série d’événements lui fait prendre un chemin inattendu mais qu’il accepte, car envisagé par sa mère qui vient de décéder. Ce chemin le dirige vers la finca de son grand-père, le père de celui qu’il n’a pas connu. Il ne connait rien d’Octavio mais il va rester avec lui. Leur apprivoisement mutuel gravite autour d’une vérité cachée : les raisons de la disparition du père de Tato, complètement ancrées dans l’histoire contemporaine de la Colombie. C’est autour des éléments de la culture « paisa », que le spectateur accompagne l’évolution de Tato. L’œil connaisseur d’un cinéma mondial (concept discuté par les critiques lors de la table ronde du 20 mars) et d’une culture colombienne, aura le goût du queso con dulce de guayaba, des tamales, des arrepas con huevo, du chocolate. Il aura l’odeur des bouquets et le souvenir des tableaux de fleurs des silleteros.

Tu seras un homme Tato

De la violence du quartier, des forces militaires, policières et libertaires du pays qui tissent de nombreuses toiles de films colombiens, c’est vers la douceur émergeante que le réalisateur et scénariste à la fois nous transporte. Un film hommage tant à la jeunesse qu’aux anciens. Tant à l’histoire d’un territoire qu’à l’histoire d’une famille. La ciudad de las fieras, « una ciudad de contrastes » comme le dit Pitu (Joel Mosquera), car un jour il fait bon et un autre jour il fait froid. Du combat de coqs des bas-fonds illégaux aux combats de « gallos » des rappeurs dans les ruelles de Medellín, l’énergie se canalise entre ce qui construit les personnages et ce qui les détruit. Un destin qui semble s’imposer à eux, alerte de leur moindre faille. Une jeunesse filmée encore et toujours comme un rappel de l’urgence de la vie : « on va tous mourir un jour ». Force est d’apprécier la clairvoyance des jeunes qui prennent la parole dans le film, tant dans les dialogues que dans les raps. Ils font référence aux sentiments, les expriment et les assument. Ils dénoncent aussi, conscients des dysfonctionnements qui les entourent. Ainsi, Jaime Garzón est cité, le président Uribe également.

Seul mais la gratitude avec toi

L’absence du père de Tato semblait être la piste narrative principale du film. Le réalisateur la place à un moment clé dans la relation entre lui et son grand-père. Ce qui provoque un retour en arrière dans les labyrinthiques ruelles des quartiers de Medellín. Oscillant entre une luminosité obscure, à la manière des peintures de Goya, Velázquez ou Zurbarán, et la clarté des paysages naturels de la campagne, notre personnage principal se renforcera de son expérience pour là encore canaliser son énergie. Du message institutionnel violent et discriminatoire rapporté par un microphone intrusif « En raison des plaintes de la communauté, sont déclarées cibles militaires et objets de nettoyage social, les personnes suivantes : les putes, les gays, les drogués, les frimeurs. On ne veut pas les voir dans le quartier. Après dix heures du soir, passez du temps en famille », nous serons portés par la silleta d’Octavio qui transmet plus que des principes, un sens de sa vie à ce petit- fils retrouvé. Le dispositif narratif aurait pu être maintenu à la hauteur de la première partie du film mais la narration aurait-elle réussi à être acceptée, entendue, universelle ?

La transmission se trouve au cœur du film en plus du casting axé sur la filiation. Pour éloigner la mort, pour se rapprocher du vivant. Pour accepter et pour aimer. Pour choisir, décider, remercier. Pour l’homme âgé, pour la jeunesse qui éclot et raconte.

                              « Toda familia tiene una historia. Esta es la mía.”


Film vu à l'occasion de Cinélatino 33e Rencontres. 21 Mars 2021.

Marie-Ange Sanchez


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