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Santuario

Un film de Joshua Gil
Avec Erwin Antonio Pérez Jiménez, Nereyda Pérez Vásquez, Virgen Vázquez Torres
Drame | Mexique, Gatar, République dominicaine | 2019 | 1h 24mn
Prix FIPRESCI , PRIX SFCC de la critque, Cinléatino 2020
Un film de Joshua Gil
Les premières images de ce long-métrage, une fiction qui se veut aussi documentaire, évoquent un son sourd dans une forêt. Des travailleurs récoltent le cannabis, entourés de militaires chargés de les surveiller.
La nature gronde et grogne. Ce son sourd reviendra tout au long du film, comme un leitmotiv. La nature annonce le drame à venir : les habitants se retrouveront pris en étau entre les narcotrafiquants et l'armée... l'issue sera tragique. La réalisation et la photographie sont magnifiques et recherchées ; comme dans cette scène où le villageois est à table, dans sa cuisine, avec un environnement en clair obscur et où une dame, sa mère ou sa femme, apparaît puis disparaît à ses côtés. L'expérience mystique et cinématographique est totale, mais l'ensemble du film reste toutefois hermétique.

Il est aisé de comprendre que le but de Santuario est de dénoncer les violences exercées sur les communautés reculées et vulnérables du Mexique. Présenté lors de la Semaine Internationale de la Critique du Festival de cinéma de Venise, lauréat du prix SFCC de la critique de Toulouse et du prix FIPRESCI, prix de la fédération internationale de la presse cinématographique lors du Festival Cinelatino de Toulouse, le propos de Santuario est important, mais la forme est difficile à appréhender. Il n'est par exemple pas possible de s'attacher aux personnages qui restent bien peu longtemps à l'écran, sans doute dans un souci d'universalité. La culture d'un pays lié au passé maya est cependant très présente, ce qui amplifie l'impression immersive dans cette communauté massacrée. Cependant, le spectateur non avisé peut se retrouver rapidement désorienté face à cet ovni cinématographique. La tension est palpable, le génocide de toute une population qui n'a d'autre choix que de se soumettre aux narcotrafiquants pour survivre est imminent.

Ce film, tourné en langue maya, se place au plus près des victimes ; cependant, les tueries ne sont pas ou peu présentes à l'écran. Aucune scène de cris ici ; la subtilité règne et dérange bien plus que des scènes de violence directe, comme celle du petit garçon orphelin en larmes qui cherche sa mère assassinée dans une forêt sans fin, entouré de militaires. Les acteurs non professionnels apportent toute la richesse nécessaire pour montrer la singularité de cette communauté à travers le monde et les festivals. Un film mystérieux, fantastique et violent, tout en restant subjectif.

Film vu dans le cadre des 36e Reflets de Villeurbanne.

Publié le 16 novembre 2020.

 

Aurore Kusy


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