Films

Affiche

Maternal

Un film de Maura Delpero
Avec Lidiya Liberman, Denise Carrizo, Agustina Malale
Argentine, Italie | 2019 | 1h29
Elles
Film de production italo-argentine issu des expériences de classe de la réalisatrice italienne Maura Delpero (Signori professori, documentaire de 2008 ; Nadea and Sveta, documentaire de 2012). Maternal est distribué dans nos salles françaises le 7 octobre 2020 par Memento Films.

Des « filles-mères », enceintes ou avec leurs enfants, vivent dans un foyer tenu par des sœurs catholiques. L'on pourrait presque dire un orphelinat tellement les âges se confondent : il y a les pouponnières avec ces nourrissons dont nous comprenons rapidement qu'il s'agit d'orphelins, les enfants qui sont avec leur maman dans leur chambre, ceux qui sont dans des salles de classe, dans la cour. Les enfants sont nombreux à faire l'expérience de ces murs qui les accueillent tant bien que mal.

Maternal est le foyer rugueux qui héberge, nourrit, blanchit et participe à l'enseignement des valeurs chrétiennes aux adolescentes et aux enfants. Plus un soutien pour ces jeunes mères, plus un regard bienveillant pour ces enfants d'enfants. Des protagonistes sont approchées rapidement : Luciana (Agustina Malale), très déséquilibrée au niveau affectif, immature face à ses responsabilités, bien malgré elle, partagée entre la femme en devenir qu'elle porte en elle et son présent qui la dépasse et l'étouffe souvent. Et Fatima (Denise Carrizo), en apparence sensée mais au cœur déjà refroidi par son expérience familiale. Handicapée d'aimer car mal-aimée. Des adolescentes qui vivent des expériences extrêmes et violentes mais qui, paradoxalement, portent la vie.

Peut-être esquissées trop schématiquement, Luciana et Fatima vont poursuivre leur construction personnelle avec la rencontre d'une nouvelle sœur, jeune elle aussi, Paola (Lidiya Liberman), dans sa dernière étape de formation avant ses vœux. Là encore un personnage un peu fade, dont l'évolution est trop suggérée mais qui brillera par sa propre contradiction : la maternité et la foi.

Une histoire un peu plate qui a le mérite d'entrer dans un lieu secret : le refuge d'adolescentes mères tenu par des femmes qui se destinent à les accompagner, sans céder au possible désir de maternité. Des plans en face à face avec l'architecture classique, rigide mais aussi ensoleillée de la bâtisse, les hébergent toutes : les « brebis égarées » et « leurs enfants prodiges ». Le cadrage est net, précis, révélateur de la force des liens qui se nouent, des enjeux qui se jouent.

L'influence de la religion est là mais en finesse, secondaire. Elle ne s'efface guère et évolue aussi avec les nouvelles recrues. Ce sont plus ces soeurs, et non l'Etat -ce séparateur de familles - qui sont majoritairement solidaires avec les adolescentes et leurs enfants, même s'il est évident que toutes n'oeuvrent pas de la mêm manière. De toute façon, les choix pour ces jeunes filles sont restreints. Un cadre pour les résidentes, une hiérarchie pour la nouvelle apprenante religieuse.

Aux plans épurés s'ajoute une bande-son qui prend le parti de donner à entendre non tant les dialogues modestes que les bruits du lieu : paroles des voix de femmes, bruits des portes qui s'ouvrent, se ferment, des chaises déplacées du réfectoire, des cris, pleurs et rires des enfants, des disputes, musiques trap ou des berceuses ; quelques prières et bruits lointains de la ville. Ainsi, le foyer devient l'autre jardin d'Eden : le refuge des femmes et des enfants, des religieuses ou des civiles. Quelques hommes sont évoqués mais absents des images. La ligne d'horizon est confuse pour la majorité de ces femmes, pour leur futur à construire ; la caméra filme leur présent. L'intégration est-elle possible suite à l'expérience du foyer ? Ensemble, finalement, elles semblent protégées et vivent l'expérience du respect, de la considération et de la dignité.

Maternal est une proposition thématique intéressante qui pousse les portes d'un Hogar en Argentine. Il ose s'approcher du quotidien d'une partie de la génération future. Peut-être que Maternal est la volonté de rappeler qu'il faut considérer aussi ces marginalisées, les protéger et les accompagner. Force est de constater que la fibre maternelle est celle qui vibre le plus dans le Hogar, une fibre faite d'amour, qui chamboule et raisonne à la fois.

Marie-Ange Sanchez


+ d'infos
Voir ce film