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Affiche

Tiempo después

Un film de José Luis Cuerda
Avec Roberto Álamo, Blanca Suárez, Miguel Rellán, César Sarachu, Daniel Pérez Prada, Manolo Solo, Pepe Ocio
Comédie, Science fiction | Espagne | 2019 | 1h35
Tiempo después… le fabuleux coucher de soleil de José Luis Cuerda !
Nous attendions cette pépite avec impatience, mais aussi avec appréhension. Que nous proposerait un José Luis Cuerda qu’il n’aurait pas déjà fait ? Qu’aurait-il à nous dire ? Que voudrait-il projeter au public d’aujourd’hui ? Nous avons voulu découvrir la dernière et ultime création d’un génie. Il ne nous a pas déçus. Vive la révolution des citrons de Monsieur José Luis Cuerda !

Tiempo después est le reflet de nos traits sociaux les plus absurdes à l’image de la graphie originale du titre. Il est écrit par cet homme, l’artiste, l’intellectuel et le troubleur de fêtes. Ecrit et réalisé par notre romantique anarchiste de cinéaste. Tout son univers, ses réflexions, son humour imbibent les photogrammes. On voudrait juste dire qu’il est « Total », que vous ne regretterez pas de voir son surréalisme, qu’il est aussi spécial qu’authentique, culotté que pudique. Si on vous disait aussi que dans ce film, l’intertextualité joue avec le spectateur comme personne, qu’il nous balade par ses répliques, nous conquiert par sa drôlerie, nous ramène au pied du mur par sa puissante et humble intelligence, nous suivrez-vous dans ce que l’un de ses personnages résume être « une même merde glorieuse » ?  Nous sommes en 9177 … que no es poco !

Nous pouvons aussi vous dire qu’on y entend les dialogues les plus techniques, des personnages improbables, des accents moqueurs, déferlant parfois en logorrhées hilarantes, se mouvant dans des décors peu nombreux mais clairement significatifs, une société du futur qui est devenue le royaume de l’absurdité. Une ruche construite par l’esprit de José Luis Cuerda. Il excelle dans le registre de la critique acide, brillante et rebelle imprégnée par Stendhal et ses lectures de la Génération perdue comme il en fait l’aveu dans son In memoriam.


« Tous ces souvenirs se perdront au gré du temps comme des gouttes d’urine sous la pluie. » - dit José María, personnage principal.


Avec Tiempo después, ce sont les palpitations du réalisateur qui battent au rythme des aventures du limonadier José María, de son compagnon de voyage Galbarriato et de leur Dulcinée, la Mendez. Aux côtés de ces trois figures cervantines, de leur « Bosque animado » vers l’essence du monde organisé stratégiquement dans une tour digne du Corbusier, nous observons avec malice l’histoire des Hommes qui répondent à leur volonté. Face aux esprits éveillés, la jeunesse désinvolte à souhait, non épargnée par la sincérité de Cuerda qui assume lumineusement ses pensées.

Sans vouloir révéler la richissime composition de ce Mad Max albacetin, nous saluons ici les performances artistiques mises en scène : des fandangos avec Daniel Romero, le gouverneur qui chante dans Amanece, que no es poco, avec Tomasito, des poèmes de César Vallejo, de Federico García Lorca, des lignes du Quichotte, La Marseillaise, l’Internationale, les références inspirantes comme l’anarchiste Buenaventura Durruti, l’humoriste Julio Camba, la chanteuse Soleá Morente ou encore les déclarations d’amour machadiennes. Nous sommes dans l’œuvre du papillonnant Cuerda, sans nul doute !

« ¡Qué rústico y qué valiente! »


Créer des phrases cultes, des scènes cultes, des personnages cultes… José Luis Cuerda est maître en la question. Ses années d’expérience dans le monde du cinéma lui valent une distribution fidèle, des cameos éblouissants, le courage et l’audace de ne jamais rien taire au sujet des thèmes qu’il affectionne : la monarchie, l’Eglise, la politique, l’Armée, l’économie, l’amour, l’amitié et les Arts ! Tiempo después ne pouvait être conçu que comme une bombe à retardement.

Même à l’aube de son desaparecer, l’artiste joue, il poursuit sa route seul comme José María après avoir réussi à faire la lumière sur les vicissitudes de l’existence, peut-être même de la sienne, et nous l’applaudissons. 


Marie-Ange Sanchez


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