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Perro Bomba

Un film de Juan Caceres
Avec Steevens Benjamin, Alfredo Castro, Blanca Lewin, Gastón Salgado, Junior Valcin
Drame | Chili, France | 2019 | 1h 20min
Steevens dit non !
Un film portant l'étiquette officielle d'une fiction documentaire mais qui pourrait bien plus relever du documentaire scénarisé comme une fiction. Perro bomba est atypique, il est fait de séquences à l'expression artistique riche, au thème actuel et appuyé. Un film au centre des réflexions esthétiques et sociologiques. A l'heure où l'original documentaire On achève bien les gros coréalisé par Gabrielle Deydier multiplie les vues -il mêle la fiction, les témoignages au style direct, place son sujet en tant que témoin, chercheuse, victime, journaliste et réalisatrice- Perro bomba renforce cette brèche constructive qui fait du cinéma 2.0 un terrain de création explosif !

Steevens est le personnage d’une communauté haïtienne dans un Chili travaillant pour un patron xénophobe (Alfredo Castro, El Club, Neruda, etc…). Il est l’acteur de ce personnage créé par Juan Cáceres (réalisateur des courts-métrages Desiderium et La Duda, le premier essai de la configuration de Perro bomba) que l’on suit, caméra au poing, mise au point de l’image régulière (directrice de photographie : Valeria Fuentes). Son histoire ne peut pas et ne doit pas nous échapper. Steevens Benjamin est le réel migrant haïtien ici à Los Nogales. Le premier plan du film est la métaphore parfaite des différents points de vue qui s’imposent à nous. Et par analogie, il nous met au pied du mur, forcés de regarder en face ce que le réalisateur veut nous faire comprendre.

Une maison à la porte d’entrée ouverte qui laisse distinguer une autre porte dont le rideau en voile danse au rythme de la brise du soir et la lumière filtrée par une fenêtre, reflétée sur un autre mur de l’intérieur, accentue la profondeur du champ. La maison c’est le film. Les ouvertures, sa complexité. Les ombres et lumières, les labyrinthiques pensées des hommes qui l’habitent. Les scènes de transition comme le terrain d’entente fusionnelle des cultures présentes haute en couleurs musicales (gros coup de coeur pour l'ensemble du son dirigé par Christian Cosgrove). Le sujet est abordé avec audace, ce sera celui du migrant haïtien au Chili.

Steevens est un jeune homme qui travaille et aime aussi s’amuser. Il sera exposé à des situations complexes. Il tiendra tête au racisme et à l’exclusion approuvée y compris par les siens, désireux d’une fausse intégration. Il vivra des nuits légères mais furtives, les abus d’un propriétaire vénal (Daniel Antivilo), la solidarité de ceux qui font de leur survie une question d’occupation du sol. Steevens est perçu comme différent par la société qui ne l’accueille pas, par celle qui veut l’entourer, puis par sa propre communauté. Il est « celui qu’on a puni deux fois, ici et puis là-bas » comme l’a chanté le groupe toulousain Zebda.

Perro bomba, distribué par Bobine Films (dirigée par Jovita Maeder), est un film qui se regarde à la manière des personnages du livre de Jean Echenoz qui regardent l'image de la mère défunte: comme un révélateur du chemin de croix que les sociétés tracent aux vivants. Le Chili est peint comme un pays en destruction et la migration comme une richesse de sa propre rénovation. Steevens dit non au racisme, non à l'esclavage moderne, non au conformisme. Steevens Benjamin est le premier homme noir qui interprète un rôle principal dans l'histoire du cinéma chilien. Juan Cáceres nous jette à la figure son film comme un pavé lancé dans les rues des sociétés injustes, racistes et tueuses de jeunesse.

Marie-Ange Sanchez


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