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Canción sin nombre

Un film de Melina León
Avec Pamela Mendoza, Tommy Párraga, Lucio A. Rojas
Drame | Pérou, Espagne, Etats-Unis | 2019 | 1h 37min
21e Regards de Valence 2020, Quinzaine des Réalisateurs 2019- 4 nominations, Festival de Cannes 2019 - 1 nomination Caméra d'Or
Chanson pour un berceau vide
À première vue, on pense à un nouveau Roma. La question des indiens, la pauvreté, l'injustice mais aussi et surtout le choix esthétique du noir et blanc rappellent à bien des égards le film d'Alfonso Cuarón. Et puis, petit à petit, on se rend compte qu'on n'y est pas du tout...

D'abord, on apprend que le tournage de Canción sin nombre, ce premier long-métrage prometteur de la Péruvienne Melina León, a duré dix ans, puis on devient de plus en plus sensible au travail de photographie mené par Inti Briones. Et alors, on se plonge dans cette histoire à corps perdu. On accompagne Georgina (Pamela Mendoza) dans cette Lima gris et son brouillard persistant, lors d'une période sombre de l'histoire du pays, celle des années 80, à l'époque du Sentier Lumineux, des attaques terroristes, et des bébés volés dans une société où le racisme conduit certaines organisations à pratiquer sans honte le trafic de nourrissons, un trafic que l'on justifie en dernière instance en se cachant derrière l'odieux prétexte d'une vie plus heureuse de l'enfant dans une famille étrangère. C'est d'ailleurs un coup de fil d'une femme ayant été adoptée par une famille française qui a inspiré Melina León, elle-même fille d'un journaliste péruvien, pour ce long-métrage.

                                                                                  photo audrey louyer      ©Audrey Louyer

Et c'est à un journaliste, Pedro (Tommy Párraga), que Georgina fera appel pour l'épauler dans ses recherches. Cette histoire est donc inspirée de faits réels, et le ton est donné dès le départ : on se souviendra du générique de début, un écran dans l'écran, qui évoque le contexte d'inflation dont souffre le Pérou sous la première présidence d'Alan García Pérez, et la précarité qui en résulte dans la majeure partie de la population, a fortiori parmi les familles les plus pauvres. Le montage nous offre des plans larges, et longs, proposant un rythme où le respect du silence a toute sa place ; et plusieurs séquences finissent sur des questions sans réponse. L'absence de bruit, de cris d'enfants, traduit la solitude et l'incompréhension. Par contraste, on entend à plusieurs reprises les pleurs déchirants de la douleur d'une mère à la recherche de sa fille, injustice criante. Le film est aussi un hommage au Pérou : notre rencontre avec les personnages commence au milieu des traditions, notamment la danse des ciseaux, inscrite au patrimoine immatériel de l'Unesco, et se ferme avec le folklore ; seulement, entretemps, Leo, le mari de Georgina, a rejoint les groupes terroristes. Si ce couple sisyphien passe son temps à gravir des montagnes pour survivre au quotidien, la vie liménienne n'est pas plus enviable car là-bas, il faut avoir des papiers pour être reconnu, là-bas, on grimpe des escaliers, dans des labyrinthes kafkaïens qui incitent au désespoir, et là-bas, on peut être menacé lorsqu'un s'intéresse d'un peu trop près aux sujets épineux.

Le noir et blanc permet une certaine homogénéité de l'ensemble, car on peut imaginer aisément les contrastes de lumière et de couleur sur une longue période de tournage et dans des espaces aussi différents les uns des autres que peuvent l'être Lima et Iquitos. Par certains aspects, ce travail de photographie nous rappelle les films de Tomás Gutiérrez Alea, notamment Memorias del subdesarrollo (1968). C'est en tout cas une image animée tournée avec finesse qui contribue au succès esthétique du film. Il restera le grand hall des Galerías Mogollón, son sol parsemé de planètes et son ciel étoilé, où résonnent les comptines d'enfants, un espace de l'espoir et du désespoir de la jeune mère.

Film vu à l'AVP du Festival de Biarritz Amérique latine en septembre 2019.

Audrey Louyer


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