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Les meilleures intentions

Un film de Ana García Blaya
Avec Amanda Minujín, Jazmín Stuart, Javier Drolas
Drame | Argentine | 2019 | 1h 26min
Festival Les Regards de Valence 2020
Las Buenas intenciones : entre nostalgie et thérapie familiale
Pour son premier long métrage, la réalisatrice argentine Ana Garcia Blaya a choisi de nous raconter un moment de son enfance, une histoire personnelle ayant une résonance universelle : des parents divorcés, un père totalement immature et irresponsable, une mère préoccupée par les soucis économiques du quotidien, une enfant trop mature pour son âge...

Une tranche de vie

Cette enfant, c'est Amanda, l'ainée de la fratrie, magnifiquement interprétée par la jeune Amanda Minujín qui est la fille de l'acteur Juan Minujín ; détail qu'il est intéressant d'observer dans un film qui parle entre autres choses de transmission familiale. Amanda, dont les yeux si expressifs sont les reflets de ses pensées, est probablement la réalisatrice jeune, celle qui traverse le film avec une attitude pourtant si éloignée de celle d'un enfant.

« A mi papá y a mi mamá »

La dédicace du film ne laisse planer aucun doute, la réalisatrice ne veut pas juger ses parents ; ce film est un grand cri d'amour qu'elle leur dédie. Même si certaines scènes peuvent heurter notre sensibilité (Amanda nettoyant la chambre de son père et ramassant un emballage de préservatif pour le jeter à la poubelle !), Ana Garcia Blaya ne semble pas vouloir nous emmener dans cette direction-là. Pour elle, c'est probablement juste une anecdote. Le film est centré davantage sur la relation des enfants avec ce père imparfait mais qui les aime et qui va devoir les laisser partir avec leur mère au Paraguay. Le père, interprété avec brio par l'acteur Javier Drolas, s'occupe d'un magasin de disques avec un ami et transmet sa passion pour la musique à ses enfants. On les voit souvent chanter ensemble car le père les trimballe d'une fête à l'autre : il représente la liberté, la musique, la fête perpétuelle. On sent que la réalisatrice a voulu faire une photographie de ces moments joyeux d'insouciance... comme une sorte d'hommage à ce père qui lui a peut-être transmis son sens artistique.

Entre fiction et documentaire

Ana Garcia Blaya fait un choix artistique intéressant, quoique déroutant et surprenant. Elle choisit d'insérer dans le film ses propres archives familiales (les vidéos de son père) et elle s'amuse à les mélanger avec des scènes filmées avec les acteurs, en reproduisant le même format vidéo (VHS), celui de l'époque. Pour faire s'entrecroiser encore davantage la fiction et la réalité, elle utilise également la musique du groupe « Sorry » dont son père faisait partie.

La réalisatrice a expliqué qu'elle avait visionné le matériel vidéo VHS de son père afin de recréer le décor et l'atmosphère de l'époque, mais que finalement elle avait choisi de l'incorporer dans le film. Le réel et la fiction ne font plus qu'un ; ce mélange nous fait penser que le film s'est transformé en une catharsis psychanalytique. A ce sujet, elle raconte aussi une autre histoire intéressante : quand elle a écrit le scénario du film (il y a 10 ans) elle avait décidé d'appeler le personnage principal Julia, mais sa psychologue lui a conseillé de changer le prénom car depuis elle a eu une fille qu'elle a appelée ainsi !

L' Argentine de la crise économique des années 90

La réalisatrice a également voulu évoquer l'époque de son enfance, celle de l'Argentine des années 90 : si certains aspects font appel à une mémoire collective plus ou moins universelle, comme les détails « technologiques » : les voitures, les disquaires avec leurs cassettes stéréo, les films VHS..., d'autres détails peuvent échapper aux cinéphiles européens.

Cependant, au moment où j'ai vu le film, j'avais commencé la lecture d'un roman argentin (Las garras del niño inútil de Luis Mey) qui parle d'une famille dysfonctionnelle dans une situation économique difficile à la même époque et j'ai pu y découvrir une scène presque identique : le père apprend à ses enfants, ou à son fils dans le roman, comment éviter le contrôleur dans le train. Dans les deux cas il utilise le mot « chancho » et il est bien sûr obligé de préciser qui il désigne... Ce mot qui veut dire porc, désigne aussi le contrôleur dans l'argot de Buenos Aires (le lunfardo).

Une première œuvre cinématographique très argentine et très personnelle qui donne envie de suivre le parcours de cette réalisatrice.

 

Film vu au 21e Regards de Valence le samedi 14 mars 2020.

Sébastien Maury


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