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Une mère incroyable

Un film de Franco Lolli
Avec Carolina Sanín, Leticia Gómez, Antonio Martínez, Vladimir Duran
Drame | Colombie, France | 2019 | 1h 35min
Ouverture de la Semaine de la Critique, Cannes 2019
L'avocate face à l'inévitable
Franco Lolli propose un deuxième long-métrage on ne peut plus sincère : Une mère incroyable (Litigante en espagnol, Gente de bien en 2014). Quand tout commence là où, pour la personne qui nous a donné la vie, tout s'arrête. Leticia est atteinte d'un cancer et ses deux filles l'accompagnent tant bien que mal dans cette dernière étape vitale. Il y a Majo (Alejandra Sarria), la sœur discrète que l'on voit comme une épaule toujours présente et il y a Silvia, l'avocate mère célibataire d'un petit garçon, qui fait tout pour garder la tête hors de l'eau.
La matriarche

Leticia (Leticia Gómez, la véritable mère de Franco Lolli) est une femme qui prend la décision de ne plus lutter contre la maladie mais de s'assurer qu'elle vivra le temps qu'il lui reste au plus loin des douleurs. Une femme dure et exigeante qui laisse entendre que ce fut sa manière à elle d'avancer dans la vie le plus justement possible. Lutter, accepter et laisser les choses en ordre. Un peu trop dure peut-être avec ses filles mais tout ceci n'est que de l'amour maladroit, des difficultés de communication, des cœurs blessés. C'est de tout cela dont il est question dans Une mère incroyable. Non pas vraiment de la mère en fin de vie mais de comment chacun agit face à cet événement déclaré et irréversible.

La fille-mère qui devient femme

Face à la première mère, il y a Silvia (Carolina Sanín, cousine du réalisateur, écrivaine professeure et féministe), notre protagoniste. Celle qui nous prête ses yeux et ses oreilles pour partager son épreuve. Elle est avocate et se trouve associée à une affaire publique de corruption (marché de la construction et de l'immobilier à Bogota). Elle lutte pour que la justice se fasse entendre mais rien n'y fait. Elle décide elle aussi de façon drastique que cette lutte n'est plus la sienne tout comme sa mère qui accepte la maladie pour sauvegarder sa dignité.

Il y a aussi son fils Antonio (Antonio Martínez) qu'elle a eu parce qu'elle le souhaitait avec un homme qui a décidé d'avoir sa place à l'écart de la vie de cet enfant. Mais cette fois, c'est l'enfant qui réclame ce qui serait juste pour lui et il questionne ses origines. Il faut qu'elle pèse les décisions à prendre.

En parallèle, il y a l'amour naissant pour et d'Abel (Vladimir Durán, acteur et réalisateur de La Flor, 2019). Une nouvelle épaule qui s'offre dans sa vie, maladroitement au début puis naturellement, au fur et à mesure que le poids des événements devra être partagé. Mais aux heures les plus complexes, au moment où les nœuds ne peuvent que se dénouer, il sera mis à l'écart pour mieux le retrouver dans la paix à venir. C'est sur ce chemin initiatique pour tous que Silvia, la fille-mère avocate deviendra surtout une femme incroyable.

 

Un film intime et familiale laisse place aux discussions des uns et des autres face au décès imminent de la matriarche. Confronté à la fin de sa vie, comment être libre de l'aimer au point de décider de sa propre mort ? Comment accepter tout simplement la maladie incurable et ses volontés ? Comment distinguer ce qui est à prendre de ce qui est à jeter, comment aimer encore celle qui va nous quitter ? Comment s'aimer dans l'incapacité de la sauver ? Une thématique forte, un film produit par Sylvie Pialat, entre autres, à la photographie naturaliste (association de tournage en anarmorphique et du format 1 :85) de Luis Armando Arteaga (Ixcanul de Jayro Bustamante) qui laisse place aux sentiments interprétés par des femmes dont le travail se révèle être celui de véritables dentellières : raffiné.

Marie-Ange Sanchez


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