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Mamacita

Un documentaire de José Pablo Estrada Torrescano
Avec Maria del Carmen Torrescano
Documentaire | Mexique, Allemagne | 2018 | 1h 15min
Hot Docs 2018, Festival Ojo Loco 2019, Bergamo Film Meating 2019
Aquí mando yo
Dans ce premier long métrage, le cinéaste honore la promesse faite quelques années auparavant à sa grand-mère, Mamacita, alors qu'il quittait le Mexique et un travail ennuyeux d'employé pour se consacrer à des études de cinéma en Europe : faire un film sur elle. Après un long processus de création, six années au total dont trois mois de tournage passés aux côtés de Mamacita, José Pablo Estrada Torrescano livre au public un film de soixante-quinze minutes, condensé de deux-cent heures d'images.
Success story et drame familial

Entièrement filmé dans la maison de Mamacita, une improbable mansión dans laquelle sont soigneusement disposés les nombreux biens de cette matriarche, ce documentaire intimiste dévoile le quotidien d'une femme exubérante, à la fois forte et fragile, une grand-mère touchante mais une femme tyrannique avec ses employés. Maria del Carmen Torrescano, véritable femme d'affaires, est encore aujourd'hui à la tête d'une entreprise familiale lucrative d'instituts de beauté haut de gamme qu'elle gère avec ses filles. Véritable système solaire où tous gravitent autour de l'étoile-mère, telle est l'image que José Pablo Estrada Torrescano utilise pour décrire sa famille.

Aujourd'hui âgée de cent-un ans (elle en avait quatre-vingt quinze au moment du tournage du film), Mamacita continue d'imposer sa volonté à son entourage notamment aux six employés qui vivent en permanence avec elle. Une illustration des antiques modèles sociaux qui perdurent encore aujourd'hui au Mexique et se répètent dans le microcosme familial.

Mais derrière cette volonté de fer on devine les failles de cette femme en mal d'amour. Fruit d'un mariage jugé honteux, l'enfant est élevée par un grand-père militaire qui la recueille mais ne veut pas la voir chez lui. Un autre drame, plus tard, la mort de l'une de ses filles, la mère du réalisateur, qui se retrouve à son tour éloigné du noyau familial jusqu'à sentir lui aussi un sentiment d'abandon. Le tournage du film est alors l'occasion de retrouvailles entre le petit-fils et sa grand-mère, jusqu'à la catharsis dans un étrange huis-clos.

De la mise en scène à la sincérité

De l'aveu du réalisateur rien n'a été planifié, aucun scénario n'était écrit au préalable. La véritable mise en scène, c'est Mamacita qui la décide. Dès la première scène on sent chez un elle un goût pour la théâtralité, le paraître. Une apparence soignée dont elle a fait sa marque de fabrique et qu'elle s'évertue à maintenir pour se conformer à l'image de ce qu'elle juge devoir être une femme. Mais le film capture aussi des séquences où elle se montre plus simplement, comme si le dépouillement était une façon d'accepter son passé. Se montrer à nu pour briser les tabous.

Certes Mamacita n'est pas une femme ordinaire. Millionnaire et excessive, elle se présente elle-même comme une femme qui a réussi, se hissant seule au sommet de la réussite sociale à laquelle elle aspirait. Cependant il y a dans cette histoire de famille quelque chose qui nous touche : ces non-dits qui nous poursuivent et parfois nous hantent. En nous donnant à voir ce portrait intime d'une femme vieillissante et affaiblie, quoique forte, José Pablo Estrada Torrescano parvient à nous intéresser. Comme lui qui semble s'attendrir pour cette femme se découvrant sous sa caméra. Une opera prima réussie.

Sophie Almonacil


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