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Cuban Network

Un film de Olivier Assayas
Avec Penélope Cruz, Edgar Ramírez, Gael García Bernal, Ana de Armas, Leonardo Sbaraglia
Thriller | France, Brésil, Espagne, Belgique | 2018 | 2h 05min
Sélection officielle Festival Deauville 2019, Sélection officielle 76e Mostra de Venezia 2019
Les Cuban five
L'exposition est relativement simple : dans un Cuba des années 90, René González (Edgar Ramírez), sa femme Olga Salanueva (Penélope Cruz) et leur fille survivent aux difficultés du pays. Ils travaillent tous les deux : elle dans une usine et lui est pilote de l'armée. Sauf que tout va basculer car survivre ne fait pas partie de l'Utopie, il faut s'engager. Olivier Assayas adapte le livre de Fernando Morais, Os Últimos Soldados da Guerra Fria, une histoire d'espions qui donne à voir les coups bas de pays ennemis et les rêves avortés de tous les engagés. Film sélectionné à la 76ème Mostra de Venezia, distribué par Memento Films. Il sort en salles le 29 janvier 2020.

Cuban Network, film de genre original aujourd'hui par les territoires sur lesquels s'ancrent les actions des deux camps adverses. Cuba, la Floride et l'océan au milieu. Original aussi par les institutions et organisations qui y sont mêlées comme la Fondation nationale cubano-américaine (les membres fondateurs ayant œuvré dans la RECE ou encore la Brigade 2506) qui a pour but apparent de sauver les exilés à la dérive. Nous en apprenons plus sur son financement et sa popularité : Gloria Estefan, messie d'un hélicoptère, est citée avec humour.

Il y a aussi les exilés engagés dans un travail d'espionnage pour le FBI, pas uniquement pour l'argent, mais avec une apparente volonté de faire progresser ceux qui sont restés au pays. Il y a aussi ceux qui sont prêts à taper fort pour donner le coup fatal à la Revolución et la libérer des tentacules d'un Fidel Castro dictatorial. Il y a ceux qui, envers et contre tout, marcheront seuls, corrompus jusqu'à l'os, puis finalement déserteurs -l'éthique leur faisant défaut-. Certains reviendront au pays pensant sortir gagnants de leur imposture. Et il y a ceux avec qui tout commence : les fidèles à eux-mêmes, les engagés de la Liberté, au-delà du Dictateur, qui veulent pour Cuba un futur meilleur. On les appellera les Cuban Five.

En tout, une trentaine d'agents qui feront partie de la Red Avispa chargée d'informer La Havane des activités des exilés cubains (et peut-être de bien plus...). Une telle complexité des forces en action a été savamment contournée par des dialogues clairs et des images explicites (Yorick Le Saux, Denis Lenoir). Les acteurs, bufflent le spectateur autant que l'intrigue brouillent les pistes.

Le casting est originaire de plusieurs pays latino-américains, très peu sont réellement de la nationalité de leur personnage. Ce qui laisse entendre de prime abord la finesse du travail de préparation et plus en profondeur, le scénario édifiant de la toile d'araignée de l'espionnage et de la corruption intra-continentale. L'enjeu du sujet est au-delà du simple exercice de reconnaissance identitaire. Olivier Assayas précise dans le dossier de presse de Memento Films « Je ne suis pas castriste. Cuba n'est pas une démocratie, et le pouvoir se conduit de façon intolérable avec ses opposants. C'est un pays dont la population est maltraitée et humiliée. Mais c'est aussi un pays qui a subi depuis plus d'un demi-siècle un embargo très sévère imposé par les Américains. C'est avant tout la population qui en a payé le prix. » Cuban Network met en lumière ce tour de passe-passe dans l'histoire politique du continent qui a façonné l'image de nouveaux héros et démonté l'égo de dirigeants.

L'épisode qui est à l'origine des relations géo-politiques des vingt dernières années. Les prisonniers, dans cette zone du monde, sont devenus aussi des monnaies d'échange, des outils de campagne, des martyrs parfois et des survivants à des dizaines d'années de réclusion. Cuban Network possède tous les atouts de ce cinéma de genre : l'histoire originale, le casting, la décoration artistique (François-Renaud Labarthe), les défis budgétaires et son ancrage dans une Histoire contemporaine. Un film d'espions qui confirme, après son passage à la réalisation de Carlos, la dextérité presque « tarantinesque » d'Olivier Assayas.

Marie-Ange Sanchez


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