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Nuestras madres

Un film de César Díaz
Avec Armando Espitia, Emma Dib, Aurelia Caal, Julio Serrano Echeverria
Drame | Belgique, Guatemala, France | 2019 | 1h 18min
Semaine Internationale de la Critique 2019 - Prix SACD, Festival de Cannes 2019 - Caméra d'Or, Rail d'Or des cheminots cinéphiles
La pudeur de nos mères, la juste dignité du Guatemala
César Díaz réalise un film qui participe à la poursuite de la construction du cinéma guatémaltèque dans la dernière décennie amorcée par Jayro Bustamente avec Ixcanul, Tremblements, La Llorona (La Casa de Producción). Ici, César Díaz, réalisateur exilé et engagé, s'associe à des producteurs belges et français pour un film à la hauteur des attentes d'un public assoiffé de vrai cinéma. Un cinéma où la liberté effleure chaque image, où la réflexion et la beauté deviennent dialogues et les battements du désir, le geste sonore du cinéaste. Nuestras madres, à l'origine de tous, premier long-métrage, confirme un nouveau talent à applaudir.

Ernesto (Armando Espitia, déjà vu dans Heli d'Amat Escalante) est un jeune anthropologue œuvrant à la Fondation médico-légale. Son travail consiste à trouver et déterrer les ossements des fosses communes, les réunir et les identifier. Il est en contact direct avec les femmes des régions massacrées, ces mères qui ont perdu leurs enfants, maris, parents. Elles ont survécu aux différentes attaques, viols, tortures et déplacements. Les femmes de la ville ou des campagnes, toutes filmées de face avec élégance et respect, parfois de profil avec la discrétion des clairs-obscurs. Toutes, à chaque isntant, expriment la Vérité. Mises à part la mère d'Ernesto, l'actrice confirmée Emma Dib, toutes les autres actrices non-professionnelles ont réellement vécu l'Histoire et l'histoire. Leur volonté de s'exposer se justifie par la tradition orale indienne guatémaltèque suivante: "on doit dire les choses pour qu'elles existent".

                                    "Elles tiennent le pays. Si elles lâchent, il s'effondre. Elles tiennent la mémoire, le quotidien, l'éducation, et transmettent le savoir. La continuation et les valeurs." - César Diaz pour Pyramide Distribution.

Ernesto accompagne tous les jours les morts et les vivants; il rend visible la force des survivants du génocide. Il lutte sur le terrain contre l'injustice, pour la récupération de la mémoire historique. Il fait face aux choix cornéliens entre « la folie ou l'ivrognerie » dans un pays blessé. Les veines ouvertes du Guatemala, « ce pays de merde qui pèse à tous » comme le dit l'un de ses amis un soir d'ivresse, est le grand décor de Nuestras madres et la mise en lumière du courage des petites gens face aux Monstres de la guerre civile comme le fut le dictateur Efrain Rios Montt.

C'est un film qui opte pour une approche des crimes de manière très pudique et sérieuse. Il fait intervenir la décence des vérités en se distinguant ainsi d'autres films plus chocs dans les scènes de révélation. Nous avons pensé notamment au film Venir au monde de Sergio Castellitto avec Penélope Cruz où le destin de l'enfant né dans le contexte de la guerre civile est traité avec une fiction plus circonstancielle que celle que l'on découvre dans Nuestras madres, bien plus universelle. Les corps sont reconstitués, un jugement abordé de manière frontale, les Indiennes entendues (dont Aurelia Caal interprétant le personnage de Nicolasa). Et enfin, les enfants nés des viols - parce qu'il fallait que les femmes portent les traces de la dictature - sont soutenus tel le Quincho Barrilete de la chanson populaire de Carlos Mejia Godoy.

Les plans larges et fixes explosent à l'écran comme une brique lancée sur un plafond de verre. Les dialogues présents sont parsemés de mots bien dits, quand il faut les dire et comme il faut les dire. Le discernement comme signe de résistance face aux barbares corrompus qui affirment sans vergogne que « el sufrimiento no es sinónimo de verdad » [la souffrance n'est pas synonyme de vérité].

Ernesto est celui par qui César Díaz divulgue les témoignages des femmes vivantes et remet les hommes à leur place :

                                                                   « Tous les uniformes n'étaient pas les mêmes, eux [les guérilleros] ils défendaient un idéal, la libération des peuples ». -Ernesto.

 

Sortie en VOD le 16 juin 2020.

 

Marie-Ange Sanchez


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