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Joel, une enfance en Patagonie

Un film de Carlos Sorín
Avec Victoria Aleida, Diego Gentile, Joel Noguera, Ana Katz, Gustavo Daniele
Drame | Argentine | 2018 | 1h 39min
Sélection Cannes Ecrans Juniors 2019, Sélection Officielle Rotterdam 2019, Prix du Scénario La Havane 2018, Prix UNICEF La Havane 2018
La naissance d’une mère
Nouveau film de Carlos Sorín (Jours de pêche en Patagonie, 2012 ; Le chemin de San Diego, 2007; Historias mínimas, 2002, etc.) avec une nouvelle famille mise en scène autour du thème de l’adoption.

Joel, enfant de Buenos Aires, est dans l’attente d’une famille. Cecilia (Victoria Almeida, El desierto de C. Behl) et Diego (Diego Gentile, Les nouveaux sauvages de D. Szifron) est un couple qui s’est récemment installé dans la région de la Terre de feu en Patagonie. Ils ont la bonne nouvelle de recevoir la proposition d’un enfant à accueillir suite à leur demande d’adoption. Ils sont tous en période d’essai pour trois mois.

Le film démarre dans les pas de Cecilia qui crissent sur un sol instable enneigé, par moment emboué et en tous lieux humides. Il fait frais sur le chemin qui mène au chantier de Diego. Elle lui annonce que les services sociaux sont prêts à leur présenter un enfant, plus âgé que prévu : Joel (Joel Noguera). Ils reviennent ensemble dans leur foyer et débutent les préparatifs. Rapidement, nous comprenons que les pas empruntés de Cecilia seront ceux que nous suivrons tout le long du film, sans écarter pour autant Diego : il sera celui qui pensera et agira à sa manière, un peu trop prudemment. Elle sera celle qui agira comme une louve pour cet enfant désiré, conquérante.

Joel, une enfance en Patagonie est un film qui traite, comme ces précédents films, de l’exclusion de l’autre. De celui qui est différent, de l’étranger de terres repliées où soi-disant l’équilibre est inébranlable mais où les mentalités se refusent à avancer fraternellement. L’individualité fait des ravages, ses collectifs tremblent face à l’inconnu. Avec Joel, les mécanismes ne sont pas méprisés mais mis en lumière : des acteurs sont novices et les dialogues capturés dans l’authenticité de leur condition. Les personnages sont joués depuis leur territoire. Aux côtés des non-professionnels, il y a Ana Katz (Kiki, el amor se hace de Paco León) dans le rôle de Marta, parent d’élève et jeune femme qui semble plus compréhensive face à l’intégration de Joel. Les nuances sont bien présentes dans le film : c’est tout à son honneur que Joel, en s’écartant du stéréotype, intrigue. Plus qu’un regard posé sur un enfant adopté, c’est bien de la naissance d’une mère dont il s’agit en arrière-plan. Et c’est pour cela que le film sera apprécié des spectateurs touchés non par un lieu ou par un thème social mais bien plus par le défi d’une mère en devenir, d’une femme qui doit agir pour que sa famille existe, du courage de prendre les choses en main avant que la société ne s’en charge pour elle.

Joel, une enfance en Patagonie est un film qui accompagne une femme adoptante, la cible des regards d’autrui et la femme-courage de nos sociétés.

Marie-Ange Sanchez


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