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Mon père

Un film de Álvaro Delgado-Aparicio
Avec Junior Béjar Roca, Amiel Cayo, Magaly Solier, Hermelinda Lujan, Mauro Chuchon
Drame | Pérou, Allemagne, Norvège | 2017 | 1H41
Prix 2017 du meilleur film péruvien - festival de cinéma de Lima PUCP, Prix 2017 du Ministère de la Culture péruvien, Mention spéciale du jury jeune du festival de cinéma de Berlin
L'éveil des sens en pays de retables

Le retable d'Ayacucho est l'une des manifestations artistiques les plus célèbres de la région andine du Pérou. Il représentait initialement des images des différents saints de la religion catholique, transportés dans un coffret en bois par les religieux espagnols dans le cadre du processus d'évangélisation. Aujourd'hui, nombre de retables illustrent d'autres thématiques, liées aux traditions locales, fêtes ou danses traditionnelles, ou encore des portraits de famille qu'on immortalise dans une boîte en bois. C'est d'ailleurs ainsi que s'ouvre le film Mon pèreRetablo, où le travail de cadrages et de la photographie, entre les portes, réelles et métaphoriques, qui s'ouvrent et se ferment, invite d'emblée le spectateur à ouvrir les yeux et à accompagner le jeune adolescent dans ce parcours de transition vers l'âge adulte.

Retablo est un film qui croise les mises en scène et joue avec nos sens : la vue, l'ouïe, le toucher principalement. La vue, c'est la mémoire incroyable de ce garçon, Segundo Paucar (Junior Béjar Roca), au cœur de la trame narrative, capable de retenir les images qu'il voit dans leurs moindres détails ; mais la vue, c'est aussi ce qui est découvert à propos de son père, un élément perturbateurqui bouleverse l'équilibre familial et interroge la place de l'homosexualité dans une société rurale. L'ouïe, c'est le choix d'avoir tourné ce film en langue quechua, langue parlée par les trois acteurs principaux, qui jouent leur rôle avec d'autant plus d'authenticité et de sincérité. Mais l'ouïe, c'est aussi le discours tenu sur le marginal, ou celui que l'on stigmatise ; et ce sont aussi les silences, dans les interstices desquels se glisse avec subtilité un discours sur une société souvent perçue comme socialement conservatrice. Le toucher, enfin, c'est la Pachamama, la terre nourricière, celle qui donne la masa, la purée de pomme de terre qui, mélangée à du plâtre, permet de créer puis de peindre les personnages de ces retables, véritables pièces d'artisanat.

La thématique galvaudée de la relation père-fils est ici perçue à travers l'évolution des différents secteurs d'activité : agriculture, artisanat, tourisme. L'intra-histoire, pour sa part, prend le contrepied des discours traditionnels ; ainsi, dans ce duo côte à côte, chacun face à son propre miroir, les rôles s'inversent, et la construction du jeune est plus complexe que l'on ne voudrait bien le croire. Tout se passe comme dans le retable, où chaque petit détail compte. Le film a gagné en 2017 le Prix du Ministère de la Culture et le prix du meilleur film péruvien lors du festival de cinéma de Lima PUCP. En Europe, il a reçu la mention spéciale du jury jeune du festival de cinéma de Berlin. Nous lui souhaitons, en cette période de fin d'année et de fêtes de Noël, le meilleur accueil en France.

Audrey Louyer


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