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Análisis de sangre azul

Un film de Gabriel Velázquez
Avec Anders Lindström
Fantastique | Espagne | 2016 | 1h04
Avec "Análisis de sangre azul", Gabriel Velázquez ressuscite le cinéma muet
5ème long-métrage du réalisateur salmantin Gabriel Velázquez, Análisis de sangre azul s'inscrit dans la lignée des premiers films du cinéma muet. Cette œuvre inclassable et énigmatique filmée en super 8 et 16 mm, questionne ici les limites entre fiction et documentaire tout en abordant le thème de la folie.

Análisis de sangre azul s'ouvre sur un paysage de montagne recouvert d'un blanc manteau de neige. Nous sommes en 1933, quelque part dans les Pyrénées espagnoles. Suite à une chute, un homme est retrouvé désorienté et totalement amnésique dans ce paysage inhospitalier. Grand, athlétique et à la longue barbe, l'homme semble ignorer où il se trouve et qui il est. Les seuls mots en anglais qu'il parvient à prononcer lui valent le surnom de « El Inglés ». Après avoir subi une série de tests de la personnalité, de l'intelligence et de la mémoire, il est interné dans un asile psychiatrique et devient l'objet d'étude d'un certain Docteur Martinez. Ce dernier, qui veut comprendre les causes de la folie, voit dans cet homme grand et athlétique le « sang bleu » (la noblesse), le sauveur de la race, dans cette vallée malade de l'idiotie engendrée, selon lui, par l'endogamie. Dans une époque marquée par l'idéologie raciale nazie et obsédée par la race « pure », ce qui se dessine ici comme une critique en filigrane prend alors sens.

Un réalisateur inclassable

Scénariste et réalisateur indépendant, Gabriel Velázquez est né à Salamanque en 1968. Après avoir réalisé plusieurs courts-métrages dès 1996, il lance véritablement sa carrière en 2008 avec son long-métrage, Amateurs, pour lequel il obtient les prix du meilleur film et de la meilleure réalisation au Festival International de Cinéma de la Palma. A la Berlinale de 2014, il reçoit la Mention spéciale du Jury Génération « pour son audace formelle ». En 2012, Iceberg, un long-métrage sur le délicat passage entre l'enfance et l'âge adulte, remporte le Prix du Jury Jules Verne ainsi que le Prix du Jury Jeune au Festival du Cinéma Espagnol de Nantes. Dans ce film, il « privilégie le ressenti », fait jouer des acteurs non professionnels, accorde une place importante au son et à la musique (on note une quasi absence de dialogues) et s'amuse à laisser de nombreuses questions sans réponse. Une prise de risque et un cinéma expérimental que l'on retrouve dans son dernier film Análisis de sangre azul, qu'il a coréalisé avec Blanca Torres, sa scénariste et monteuse habituelle. Dans ce dernier film, Gabriel Velázquez reprend les codes du cinéma muet : une image en noir et blanc, l'utilisation de cartons, et une musique minimaliste et répétitive. Le film est sensoriel. De longs plans fixes invitent à la contemplation de la nature : ici, une cascade, là, le murmure du vent, plus loin, le chant des oiseaux.

À la frontière du réel

Le film se divise en deux parties. Si la première, construite comme un journal de bord, se centre autour du personnage de « El Inglés » en adoptant un point de vue scientifique, politique et humain, la deuxième partie s'attache davantage à filmer la folie et ses multiples visages, en essayant d'en déterminer les causes et les conséquences. Le Docteur Martinez tente de trouver une explication aux problèmes psychologiques, aux retards mentaux et autres maladies présentes dans cette vallée. Les images filmées par Gabriel Velázquez se mélangent aux images d'archives du réputé ethnographe Eugenio Monesma et du Docteur Luis Cabrera. On se demande alors si tout cela est bien réel, où se situe la frontière entre le film, la fiction et le documentaire ? Qui a réellement existé ? Sous des allures de faux documentaire, le film nous questionne mais toujours dans le bon sens.

Filmographie sommaire : Ärtico (2014) / Iceberg (2011) / Amateurs (2008) / Sud Express (2005) / Charrosis (2002) / Soldaditos de latón (2001) / London calling (2000) / Parabellum (1998) / En Madison siempre es lunes (1997).

Film découvert à l'occasion des Regards de Valence, Festival du cinéma espagnol et latino-américain, 2018. 

Elise Chevillard


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