Films espagnols

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La Educación del Rey

Un film de Santiago Esteves
Avec Matías Encinas, Germán De Silva, Walter Jakob, Esteban Lamothe , Jorge Prado
Drame | Argentine | 2017 | 1h36
L'éducation de Roi
Un film argentin de Santiago Esteves (réalisateur des courts-métrages Los crímenes, 2011; 7 jours à la Havane, 2012; Un sueño recurrente, 2013 et autres) avec Matías Encinas, Germán de Silva (Relatos Salvajes, 2014; Las Acacias, 2011), Walter Jacob, Martín Arroyo, Mario Jara. 

Un fils adoptif.

Le premier long-métrage de l'Argentin Santiago Esteves, né en 1983, a un titre trompeur ; il s'agit plus de la relation qui se noue entre Reynaldo dit "Rey" (Matías Encinas), un adolescent de quelques 17 ans, et Carlos (Germán de Silva), transporteur de fonds en retraite, à partir d'une rencontre inopinée.

A mi-chemin entre western et film policier, le film nous parle de loyauté et de vengeance, de corruption et de délinquance. Mais son principal intérêt est cette relation de confiance qu'instaure le retraité, excellent tireur, et le jeune voleur improvisé.

Amitiés dangereuses.

Pour son premier «coup», motivé par l'urgence de se loger, chassé par sa mère, Rey a eu de la chance : il est le seul des trois adolescents à s'en tirer ; il a réussi à s'échapper par les toits avec l'argent qu'il a dérobé grâce à sa minceur chez un notaire, à Mendoza, ville dont est originaire le réalisateur.

Mais il tombe inopinément sur la serre que vient d'installer amoureusement dans le patio de sa maison pour sa femme Mabel, Carlos, qui renait après une mise à la retraite difficile à assumer.

Alors Reynaldo ne va pas être livré à la police, mais en échange sera « assigné en résidence » par Carlos, dans le but de reconstruire ce cadeau qui lui a coûté deux mois de travail. Il va partager quelque temps la vie du couple ; une oasis dans son quotidien, une cachette tranquille loin des représailles qui se déchainent sur les deux complices.

Ce répit sera de courte durée, car Josué, son frère, et Elvin dit «Momia» (Mario Jara) à l'origine du vol, n'ont pas eu la chance de Rey ; ils doivent rendre des comptes sur l'argent disparu, à la police et surtout aux commanditaires: deux policiers corrompus et impitoyables.

Et en filigrane : la violence d'une société.

C'est un portrait de personnages attachants pour certains, inquiétants pour d'autres, jouant sans cesse sur l'ombre et la lumière, que nous fait Santiago Esteves, là où se côtoient loyauté, fidélité, trahison et corruption.

Chaque personnage évoque un monde, le suspense est au rendez-vous ; Rey finit en cow-boy solitaire, rescapé d'une série noire. Car après avoir trouvé une famille d'accueil, une figure paternelle lucide et sans faiblesse, Rey doit affronter la vengeance.

C'est l'Argentine en filigrane, avec un relent de violence sourde qui nous rappelle les horreurs des dictatures militaires ; la fosse qu'on creuse pour celui qu'on veut supprimer, les coups, les tortures, les menaces, les tirs dans les terrains vagues et les entrepôts... les exécutions impunies .

Une première œuvre attachante et réussie de Santiago Esteves, qui lui a valu le prix du «Cine en construcción » du festival de San Sebastián, qui encourage un film en devenir, prometteur. Une œuvre qui a des résonnances dans le passé et en chacun : la loyauté du couple qui a trouvé un fils adoptif, comme la violence de la corruption aussi bien des policiers que des avocats. L'art du metteur en scène, à la fois scénariste (en collaboration), producteur, monteur (son premier métier) et réalisateur d'abord de courts-métrages, réside dans l'art de manier à la fois le suspense et le portrait, multipliant les fausses pistes, comme lorsque Rey est d'abord menotté, puis s'entraine au tir... alors que le but de Carlos est bien d'éviter au jeune délinquant une fin funeste.

 

Françoise-Claire Buffé-Moreno


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