Films espagnols

affiche

María (y los demás)

Un film de Nely Reguera
Avec Bárbara Lennie, Julián Villagrán, Pablo Derqui, Vito Sanz, José Angel Egido
Drame | Espagne | 2016 | 1h 30min
28ème Festival de Cinéma Espagnol de Nantes, 22ème Festival Cinespaña de Toulouse
Quel oiseau se cache dans la cage?
Opéra prima de Nely Reguera. Une histoire familiale en Galice. Un personnage central approché avec prudence. Des bouts de sa vie fragmentée. Poser la femme au-delà de la fille, de la sœur et de l'amante. L'éclosion de María par le jeu précis de Bárbara Lennie. Nous saluons cette première réalisation de la cinéaste barcelonaise qui avait déjà signé le court-métrage Ausencias (2001) en 35mm, puis Pablo (2009) et le documentaire Muxía a ferida (2005) en lien avec le naufrage du pétrolier Prestige.
María est le personnage complexe avec lequel Nely Regueras'essaie au long-métrage et montre une parenthèse fondamentale de la vie d'une femme, dans les moindres détails, et définit à sa manière l'épreuve initiatique qui installe le personnage dans sa nouvelle vie d'adulte.

María est celle qui va oser s'occuper véritablement d'elle lorsqu'elle aura épuisé toutes les stratégies de détournement. Nely Reguera prend le temps de filmer les scènes pathétiques et étouffantes qui font bouillonner : une belle-mère à accueillir, un frère aîné intrusif comme un poids mort, un frère cadet détestablement et traditionnellement heureux. María est celle qui aime les autres sans vraiment s'aimer soi-même. De partout et nulle part à la fois. Dans sa vie personnelle, tout semble étriqué : un homme qui la cache, sans amour, dans les coulisses enfumées de sa vie mal rangée. María est la sœur oubliée, la fille sacrifiée, la jeune femme incomprise et l'amante enchaînée. Elle évolue dans des rigidités à la fois psychologiques et sociales, des situations masquées qu'elle acceptera, contre vents et marées, de défier. Un peu de vodka, un ours pour interlocuteur, une librairie la nuit et un brin de magie. Elle vaincra les contraintes dans l'ombre et s'offrira la lumière de son propre épanouissement.

María (y los demás) est un film intéressant pour le jeu de l'actrice principale qu'on avait déjà beaucoup apprécié dans La Niña de fuego (Magical Girl) de Carlos Vermut (Festival de San Sebastián, Festival de Nantes, Goya de la Meilleure Actrice, 2015) et dans Dieu, ma mère et moi (Federico Veiroj, 2015). Ici, elle travaille au corps ce conte qui se termine bien pour l'aimable personnage trentenaire. María peut se laisser voir comme étant le possible alter ego de nombreuses femmes spectatrices de 35 ans. Changements d'humeur, déceptions, injustices, incompréhensions, déroutes, déstabilisations, invulnérabilité et même du sexe mécanique : la variété des scènes est savoureuse. Cependant, on aimerait croire en la nuit qui permet au personnage de se dépasser mais la timeline, nous la livrant comme une fin en soi, stoppe le film au rang de l'échantillon : celui des sentiments refoulés. La catharsis tant adulée de cette María 3.0 aura bien lieu, on le comprend dès le début par la limpidité de la photographie, telle la fine écume des océans houleux (Aitor Echevarría); on aurait juste aimé voir si en une seule nuit la citrouille devenait bien carrosse sans turnaround. Le film tourné de manière naturaliste devient finalement trop calculé. Ceci étant, nous pouvons préciser qu'il s'agit d'un scénario écrit par de nombreuses mains : Nely Reguera, Eduard Sola, Valentina Viso, Diego Ammeixeiras, Roger Sogues. Cette mise en commun créative participe certainement au nuancier des émotions filmées et à l'exploration de la sociologie familiale dans l'élégante A Coruña et ses environs.

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