Films espagnols

affiche

Rara

Un film de Pepa San Martín
Avec Mariana Loyola, Agustina Muñoz, Julia Lübbert, Emilia Ossandon, Daniel Muñoz
Comédie dramatique | Argentine, Chili | 2016 | 1h 28min
Grand Prix du Jury de la Section Génération, Berlinale 2016.
Tout sauf "étrange"
Opera prima découvert à la projection événementielle de juin 2017, ce film est distribué par Outplay, la référence pour la diffusion de films aux thématiques dites LGBTQ. Nous avions déjà eu le plaisir de découvrir Fronteras ainsi que d'interviewer son réalisateur Mikel Rueda, et les deux acteurs principaux Germán Alcarazú et Adil Koukouh . Ce film traitait d'une histoire d'amour naissante entre Rafa, un adolescent espagnol et Ibra, un adolescent marocain dans la ville de Bilbao, situant ainsi le sentiment amoureux dans un contexte sociologique bien précis.

Avec Rara de Pepa San Martín, nous sommes face aux conséquences de l'intolérance sociétale chilienne. Le film raconte la vie de deux enfants, d'un couple de femmes homosexuelles et d'un autre couple, hétérosexuel, mal-pensant. Le couple formé par Paula (Mariana Loyola, El baile de la victoria, 2009) et Lía (Agustina Muñoz, Hermia y Elena, 2016) élève sous le même toit, ensemble, les deux jeunes filles : Sara (Julia Lübbert, Holding desire, 2017 et Bareta, 2013) et Catalina (Emilia Ossandon) issues du premier mariage de Paula et de Víctor (Daniel Muñoz, Taxi para tres, 2001). Les filles se retrouvent aussi parfois chez leur père, dans un autre type de foyer, en apparence plus conventionnel.

La maman, célèbre juge chilienne, va devoir mener une bataille, très élégamment suggérée, pour que ses filles puissent continuer à vivre avec elle et ne pas être dans l'obligation de s'installer avec leur père et leur belle-mère sous prétexte que le fait d'être lesbienne pourrait nuire à l'épanouissement des enfants. Les deux foyers ne sont pas au centre du film, la place est réservée à Sara et Catalina, les laissées-pour- compte des systèmes judiciaires toujours en décalage avec les avancées sociales.

Bien entendu, le regard des autres est celui qui préjuge ce qui est sain pour ces deux enfants. Elles sont inscrites dans leur histoire familiale bien plus naturellement que ce que l'on essaie de leur faire dire. Elles font l'expérience de l'intolérance et de la discrimination alors qu'elles ont une vie tout à fait épanouissante avec le foyer que leur propose leur maman : elles fonctionnent au-delà des relations de genre politiquement et socialement convenues. Elles s'aiment et forment un vrai foyer. Cependant, la vérité des enfants, bien que sortie de leur bouche, est niée.

Comme dans l'histoire vraie qui a inspiré la scénariste Alicia Scherson, Rara est une histoire d'amour qui se termine mal. Le point fort du film est sa narration depuis la perception de Sara, l'adolescente en crise. Le spectateur ne peut que devenir son complice idéal. Il devient le fidèle compagnon de cette jeune fille en transition et de sa très jeune et savante sœur. Cette focalisation empêche les clichés sur l'éducation des foyers homoparentaux de s'installer dans la narration. La mise en scène est soignée, faite de plans en perspective qui suggèrent la complexité de certains personnages et les obstacles qui se présentent. Plusieurs plans sont composés de grillages, grilles, barrières ou encore portails qui s'imposent entre la norme des uns et l'impuissance des autres.

L'humour est présent, par petites touches de tendresse et ne sous-estime en rien le sens profond des décisions judiciaires injustes. Qu'il est réconfortant de voir le traitement de questions sociales fondamentales au cinéma autrement que par le prisme de l'absurde caricature ! Le film propose sans mièvrerie l'histoire d'une famille « étrange », comme le dit le titre espagnol, à qui l'on conditionne l'amour comme s'il s'agissait encore d'un luxe réservé aux soi-disant bien-pensants. Mise en cage des conventions par un cinéma habile, Rara participe au combat réel contre les mécanismes d'exclusion.

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