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Kóblic

Un film de Sebastián Borensztein
Avec Ricardo Darín, Oscar Martínez, Inma Cuesta
Thriller | Argentine, Espagne | 2016 | 1h 32min
Le fugitif des vols de la mort
Kóblic, quatrième long métrage de Sebastián Borensztein (Buenos Aires), est un film policier contextualisé dans l'Argentine dictatoriale du Général Videla, en 1977, tout juste un an après son coup d'Etat militaire. Au centre du film, un fugitif poursuivi par les coupe-têtes des traîtres du régime. Ricardo Darín en est le personnage principal, le « WANTED » des terres gauchesques aux côtés d'Oscar Martínez et d'Inma Cuesta.
Sebastián Borensztein a suivi la lignée de nombreux cinéastes porteños en travaillant lui aussi, comme le fit Eliseo Subiela par exemple (Hombre mirando al sudeste, Ultimas imágenes del naufragio, El lado oscuro del corazón), dans le milieu publicitaire des années 80. Il intègre l'impulsion naissante de la télévision (produisant et mettant en scène son père comme dans Tato, la leyenda continúa) puis de l'industrie cinématographique argentine et enchaîne les réalisations depuis 2005 : La suerte está echada est primé au Festival Cinelatino à Toulouse en 2006, son second Sin memoria (2006) et le délicatement drôle Un cuento chino en 2011. Mais ces expériences précédentes n'indiquaient en rien les choix effectués pour ce dernier film; ni même d'ailleurs la populaire chanson que Borensztein a écrite avec Eduardo Frigerio en 1992, « Mi vieja », et interprétée par le guitarriste Pappo (Norberto Napolitano) n'aurait pu nous orienter vers les mystères des « vols de la mort » pratiqués par La Armada Argentina dès 1976.

Tomás Kóblic, le capitaine pilote qui regrette et rejette cette pratique sale qui visait à torturer, droguer et jeter d'un avion en vol des femmes et des hommes résistants au pouvoir, ou dénoncés comme tels, dits « subversifs ». La technique de la domination par l'horreur et la terreur s'exerçait non seulement sur les civils mais aussi dans les différentes strates des militaires en place. Sebastián Borensztein filme ce pilote que l'on aurait aimé voir un peu plus courageux. Le thème abordé reste à saluer, il fait partie de la mémoire historique, mais l'empathie du spectateur est peut-être recherchée de manière superficielle et insistante : des scènes d'un vol de la mort se répètent avec une mise en image étriquée. L'idylle entre Kóblic et une jeune femme déjà concubine forcée de son propre oncle, jouée par Inma Cuesta (très appréciée dans La novia de Paula Ortiz, Juieta de Pedro Almodóvar ou encore dans la série Amar en tiempos revueltos) est également un ingrédient trop attendu, ses caractéristiques révélées bien platement. Le policier (Oscar Martínez), aux allures de cowboy et aux méthodes de tortionnaire, devient ridicule. Cette impression émerge sans doute du faux-semblant rapidement détectable du décor de Colonia Elena.

Les acteurs, dont les compétences sont reconnues et respectées, ne peuvent pas remplacer une caméra et un scénario quelques peu insipides. La conviction fait défaut malgré un point de départ à fort potentiel cinématographique.

Les Rédacteurs.

Publié le mercredi 5 juin 2017.


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